article de Thomas sur les Ardennes (3)

Publié le par rey charles


Total respect. Sur la route de Givet à Epernay (3/5)

Dans le quartier de la Ronde-Couture, depuis des semaines plusieurs dizaines de jeunes se bagarrent pour le droit à l’emploi. Une banale émeute ou une révolte sociale ?

Charleville-Mézières (Ardennes) , envoyés spéciaux.


Y en a marre, plein la casquette, ras la capuche : à la Ronde-Couture, zone urbaine, zone franche, zone sensible, véritable ville dans la ville de Charleville, quelques dizaines de jeunes entre la vingtaine, la trentaine et la quarantaine d’années ont lancé le 15 décembre dernier une grève surprise, une action coup de poing, un conflit sauvageon. Du jamais-vu, un retournement inouï. Ce jour-là, et pendant une paire de semaines, les usagers ont pris en otages les travailleurs. Postés au bas des deux tours, rue des Bouvreuils, promises à la démolition, ils ont bloqué le chantier sans barguigner ni malmener personne, avec force et détermination. « On voit que la crise, elle est là, qu’il faut faire avec, témoigne Abdlouahed El Baz, président du comité de vigilance de la zone urbaine sensible (CVZUS) créée dans la foulée du mouvement. Spontanément, on a commencé à regarder ce qui se passait sur ce chantier. C’étaient les fêtes de fin d’année aussi, on voulait pouvoir apporter des cadeaux autour de la table, mais il faut du fric, du boulot. »


À l’époque, au début, les jeunes n’ont qu’une exigence
 : faire respecter la « clause d’insertion sociale et professionnelle » qui, dans le contrat de rénovation urbaine, oblige les commanditaires des travaux à utiliser la main-d’oeuvre locale pour 10 % des heures travaillées, et gagner l’embauche de certains d’entre eux sur le chantier. Rapidement, ils apprennent que les obligations légales sont remplies et que ça ne pisse pas bien loin, quelques emplois à peine, quand le quartier compte près de 1 000 chômeurs. Alors ils réorientent leurs revendications vers la mairie de gauche : ils veulent la réouverture du point jeunes, incendié il y a quelques années dans le quartier, quelques emplois à la ville et des formations qualifiantes. « Au centre social, il y a des employés qui viennent des départements voisins, s’étranglent-ils. Nous, on a du mal à sortir du chômage et de la précarité, il faut nous aider… Nous, on veut travailler, on veut se former et pour ceux qui ont déjà des diplômes de bon niveau, on veut qu’on arrête de les mettre dans des voies de garage, qu’on leur donne une chance. »


Depuis la fin du blocage sur le chantier, dans les colonnes de l’Ardennais, le journal local, socialistes et représentants des jeunes s’échangent des amabilités une semaine sur deux. Président de l’association Droit de cité et proche de l’UMP locale, Hamid Mohand-Kaci épaule les jeunes de la Ronde-Couture et leur organise un rendez-vous à Paris avec une secrétaire d’État à la Ville dont la « disponibilité » les éblouit. « Avec la municipalité, en revanche, ça a fait un petit chou blanc », ajoute-t-il. Dans un communiqué, Claudine Ledoux, maire PS de Charleville, fustige Fadela Amara, qui « tente de faire porter la responsabilité de son échec sur la soi-disant mauvaise volonté de l’administration et des élus locaux » et qui « dispose pour cela de courroies de transmission locales ».


Au-delà du prurit politicien, quand, voyant dans les actions des jeunes de la Ronde-Couture la « revendication d’un droit à l’emploi » plutôt qu’une simple agression contre la mairie, Sylvain Dalla Rosa, maire adjoint PCF de Charleville, les invite à se joindre aux mobilisations du 29 janvier, ça fait un flop là aussi… « Nous, on n’a rien à voir avec la grève, les syndicats, revendique Abdlouahed El Baz. On est apolitiques. Mais au fond, pourquoi aller s’aligner avec des gens qui ne dédaignent pas nous aider à sortir de ce quartier, qui nous stigmatisent comme des voyous ? » Rien à voir, voire ! Père de deux enfants, le gaillard de trente et un ans est carré, définitif, sans appel. Magasinier intérimaire dans l’industrie et commerçant sur les marchés le week-end, Abdlouahed El Baz a, dit-il, « travaillé dans toutes les usines de la région ». « Je suis dans la précarité, on passe d’une entreprise à l’autre, raconte-t-il. En tant qu’intérimaire, c’est dur, je n’ai pas intérêt à appartenir à un syndicat. »


Sur le chemin du retour vers le quartier, conversation à bâtons plus rompus encore avec le trentenaire précaire, privé de moyen de locomotion. Alors que la droite a fait basculer la totalité ou presque du département en zone franche où les entreprises sont exonérées de charges, d’impôts et de taxes, qu’est-ce qu’il en dit, lui, depuis son poste d’observation où le mécanisme existe depuis 1997 ? « C’est bien d’aider à la création d’entreprise, je trouve. Parce que si personne n’achète de voitures, comment le gars qui fait des essuie-glaces, il va faire tourner sa boutique ? On n’est pas à l’abri de brebis galeuses qui chassent les primes, mais c’est nécessaire. On ne refera pas le monde, essayons au moins d’améliorer notre quartier. » Et les 14 milliards de profits du pétrolier Total, il n’en voudrait pas une miette pour changer la vie ? « Non, non, c’est normal qu’ils les gardent pour eux, provoque-t-il. On ne va pas aller prendre de l’argent dans les caisses des entreprises ; elles font des bénéfices, elles en disposent comme elles veulent. Je ne suis pas choqué. »


La nuit tombe au bas des tours
. Rongées, grignotées. Dans les gravats, la conscience de classe, elle, dynamitée, en lambeaux. Avant de disparaître, Abdlouahed El Baz pointe un coin nickel, à peine rénové, avec des bancs et tout le toutim. C’est là que, lui, il avait son emplacement pour le marché de la Ronde-Couture. Une bonne affaire, envolée elle aussi, le condamnant à trimer dans les usines ou à glaner à l’ANPE. Pour célébrer la rénovation urbaine en cours, la municipalité a installé un phare qui, dans la soirée, projette sur les bâtiments en voie de démolition des images de leur construction il y a quarante ans et des générations d’habitants qui y ont vécu. « Cela a coûté la bagatelle de 40 000 euros, et pour ce prix-là, on aurait pu embaucher des jeunes, insiste-t-il. C’est catastrophique parce que la meilleure manière de projeter quelque chose, c’est de faire travailler les enfants du quartier, les demandeurs d’emploi, les précaires. » Le révolté s’efface en remâchant la devise de son mouvement : « Le pouvoir, ils l’ont ; le vouloir, on l’a. » Et pendant ce temps, ceux qui ont les dollars se couchent tôt, se lèvent tard et dorment en paix.


Thomas Lemahieu

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abdel 06/03/2009 16:38

bjr je ts affe d accord avec ce k vs dites mais nous ne sommes pas des politicien et k notre  avenir est entre leurs mains pour les annees future je sui contrain de tenir des propos  virulant kan on c est k les soit disant porte parole des politiques veulent faire pour nous sans nous et k j me tue a leur dire pour nous avec nous.

yannick langrenez 24/02/2009 23:01

"bjr , l' article n 'est pa du journaliste de l'ardennais  desole de ne pas vs avoir rencontre avant votre visite...a votre dispo pour discuter des difficultes rencontres sur le quartier...Deplus, prochainement il y aura la semaine contre le rascisme,du 16 au 21 mars 2009tel:0667545680,mr el baz president de l'association cvzus"Désolé Abdel, mais nous n'avons jamais laissé les Ravignon et consors mener leur propagande sur notre site, donc pas plus ceux qu'ils manipulent comme vous. Nous noublions pas que Ravignon est derrière la reprise par "ardennes forge" qui a fait tant de mal ici et que Claudine Ledoux a été à nos cotés dans nos combats. Bref, pas d'appointance dans nos causes, tout en respectant ceux que vous représentez, mais nous ne pouvons faire le jeu de ces gens qui ont soutenu des escrocs et que s'en défendent aujourd'hui.

Guillaume MASSART 24/02/2009 17:26

Pour les rushes, faut me laisser du temps, on est seulement en train de les numériser! ça prendra du temps! à très bientôt ;)

rey charles 24/02/2009 21:50


pas de problème, quand tu voudras.


ABDEL 24/02/2009 15:09

bjr , l' article n 'est pa du journaliste de l'ardennais  desole de ne pas vs avoir rencontre avant votre visite...a votre dispo pour discuter des difficultes rencontres sur le quartier...Deplus, prochainement il y aura la semaine contre le rascisme,du 16 au 21 mars 2009tel:0667545680,mr el baz president de l'association cvzus

Guillaume Massart 21/02/2009 22:56

Article abominable, écrit sur un ton qui me débecte, mais qui touche à quelque chose de juste. La jeunesse ardennaise qui n'a pas l'opportunité de partir est dans un état de désarroi et d'absence d'identité commune, de reconnaissance, tel que rien de tout cela ne me surprend. Ca restera mon regret premier, n'avoir pas réussi à capter ça quand je suis venu. Un deuxième film p-ê?(ça vient de l'Ardennais?)

rey charles 24/02/2009 17:12


bonjour guillaume,

non cela vient du journaliste de l'humanité.

quand tu veux pour les roches du film.

a+