Vendredi 29 février 2008

Bogny-sur-Meuse 

Lenoir-et-Mernier : écœurés mais décidés à hausser le ton


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Les grandes avenues du chef-lieu ont été bloquées toute la matinée provoquant de sérieux embouteillages.

 

Hier, 9 heures. Une épaisse fumée noire se dégage du ciel au-dessus de la Préfecture. Signe que les salariés de Lenoir-et-Mernier battent à nouveau le pavé. 

Après un barrage filtrant sur le pont de Nouzonville, ils ont à nouveau mis le cap sur le chef-lieu pour exprimer leur colère. La réunion de la veille, à Bercy, n'ayant débouché sur rien de concret.
Sur place, le personnel exprime son désarroi et son écœurement. Comme beaucoup, Patrick Lecoq a l'impression d'être mené en bateau. «Le lundi, on nous envoie les CRS, le mercredi on nous fait aller à Paris pour obtenir une avancée et on se heurte à un mur. Les gens sont à bout. Mais tant qu'il n'y aura pas de réunion avec l'UIMM, on ne relâchera pas la pression ».
« Même la préfète qui nous avait proposé un médiateur a été désavouée par le ministère. Ca prouve qu'elle n'a aucun pouvoir de décision. Les collectivités souhaitent que le patronat paie mais, nous, on est au milieu comme des cons »

Emmanuel, estampeur, est menaçant. « Les jours passent et on n'a toujours pas de résultats. Ca devient long. Il va bien falloir faire le constat qu'on est trop gentils. Ils nous endorment. On va hausser le ton »

Martine, Marc et Yves sont à l'unisson. «La seule solution, désormais, c'est de durcir le conflit. Ca va finir par dégénérer ».
« Quand on voit l'argent dépensé pour le procès Fourniret et qu'on ne veut pas nous verser l'indemnisation supra légale. Il y a de quoi être furax ! » dit Philippe, outilleur-régleur.
Entre-temps, une délégation est reçue par Jean-Luc Blondel, le coordinateur fraîchement nommé.
Pascal Fausse confirme ce qui a été déjà entendu la veille. « Seule nouveauté : une date de réunion avec l'UIMM devrait être fixée d'ici la fin de semaine »

Linda Polito n'a pas voulu rester jusqu'au terme de la réunion. Elle a claqué la porte. « On ne nous parle que du contrat de transition professionnel et éventuellement de reprise partielle de sites. C'est tout »

En fin de matinée, Claude Choquet a été interrogé par le service régional de police judiciaire à la Police aux frontières pour apporter son témoignage sur la gestion de Philippe Jarlot. L'enquête avance paraît-il à grands pas et donnera lieu à du concret d'ici quelques semaines... 

Pascal Remy

 

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par rey charles
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Jeudi 28 février 2008


Par
 
 



LABORATOIRE DES LUTTES. Les patrons pleurent aussi. Pour autant, ces émotions analysées par quatre sociologues, assurent-elles la possibilité d’une "responsabilité éthique du capital" ? 25 février 2008

Le 14 janvier 2008, Marcel Trillat, proche du Parti communiste, journaliste de télévision, ancien responsable de la CGT à France 2, a été invité par Laurence Parisot à présenter son dernier film, Silence dans la Vallée (2007), dans le grand auditorium du Medef, avenue Bosquet, dans le très élégant 7e arrondissement de Paris. Voilà qui n’est pas banal. Curieux aussi ce public mêlé, petits patrons, moyens entrepreneurs, dirigeants de grands groupes (Claude Bébéar, président du conseil de surveillance du groupe AXA, est au premier rang), mais aussi des ouvriers licenciés, des délégués syndicaux, des journalistes, des sociologues… Que se passe-t-il ?

La Vallée, c’est celle de la Meuse à Nouzonville, petite ville proche de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Le silence, c’est celui des usines : fonderies, forges, ateliers de modelage et d’usinage. Il y a trente ans, des dizaines d’usines étaient mêlées aux cités ouvrières et à ce qu’on appelle là-bas les « châteaux » des patrons. La dernière entreprise de taille moyenne, les Ateliers Thomé-Génot (ATG), 400 ouvriers et employés, vient d’être liquidée après que sa trésorerie, son patrimoine et les savoir-faire ont été pillés par des repreneurs américains.

Le réalisateur, Marcel Trillat, est à Nouzonville lorsque les ouvriers en grève et les forces de l’ordre se retrouvent face à face. Il commence le tournage d’un documentaire sur la région et ses problèmes. L’idée lui en était venue à la lecture de Désarrois ouvriers, une recherche publiée en 1987 aux éditions L’Harmattan par Michel Pinçon, dont le père, né à Nouzon, comme on dit là-bas, fut ouvrier polisseur. La crise industrielle sévissait déjà au début des années 1980. Aujourd’hui, après plus de vingt ans dans les beaux quartiers avec Monique Pinçon-Charlot, les deux sociologues envisagent, de rendre compte dans une nouvelle enquête de ce que sont devenues les familles ouvrières, mais aussi celles des patrons.

Ils guident Marcel Trillat dans ses premiers repérages, lui font découvrir les friches industrielles, dont celles d’une fonderie d’acier, les Aciéries Thomé-Cromback (ATC), issue d’une fonderie de fonte créée en 1870 par Émile Thomé. Son père, Louis-Gustave avait déjà fondé en 1855 une usine d’estampage, devenue indépendante de la famille Thomé en 1920 sous le nom des Ateliers Thomé-Génot. Les ATC ont fermé en 1996 et les ATG dix ans plus tard, en octobre 2006. Les protagonistes du film sont les ouvriers, dont le savoir-faire est maintenant inutilisé, et un patronat autoritaire, mais paternaliste, aujourd’hui dépassé par la financiarisation du capital. Aucun de ces protagonistes ne sortira indemne du drame. L’Humanité, dans son édition du 4 octobre, jour de la diffusion du film sur France 2, lui consacre deux pages sous le titre : « Dans la vallée des larmes, les patrons pleurent aussi. » Faut-il voir là la raison de l’organisation par la présidente du Medef de la soirée du 14 janvier 2008 ? Dans un article paru dans L’Humanité, le 17 novembre 2007, Laurence Parisot annonce cette séance de projection, qui doit être suivie d’un débat. À côté de son article, celui de Marcel Trillat, dans un face-à-face pour le moins inédit.

Nous avons assisté à cet événement en compagnie de deux jeunes collègues sociologues. Voici, sur cette soirée mémorable, leurs observations et les nôtres.

Le débat a été animé par un meneur de jeu, sans doute du Medef, qui a assez bien tenu son rôle, distribuant la parole avec autorité, ponctuant le propos de marques d’humour. Mais autour de Marcel Trillat, il n’y avait que des débateurs de la mouvance patronale : Laurence Parisot, Dominique Sénéquier, présidente du directoire d’Axa Private Equity, François Dury, ancien propriétaire avec sa famille de Thomé-Génot, François de Saint-Gilles, industriel, président du Medef Ardennes et Arnaud Bouyer, auteur de Les fonds d’investissement sont-ils… des prédateurs ? La grande majorité du public était constituée de patrons. Pendant le cocktail l’un d’entre eux, 45 ans environ, costume soigné, est arrivé avec une pâtisserie, en informant ses voisins qu’il n’y avait plus rien au buffet. « Pour un film social, ils n’ont pas voulu faire un buffet trop… riche. » Rires des personnes à ses côtés.

Le débat a laissé peu de place au point de vue ouvrier, tout de même efficacement exposé par Yannick Langrenez, délégué CGT chez Thomé-Génot, et Charles Rey, fondateur et animateur d’une association des anciens de Thomé-Génot. Mais Marcel Trillat a eu fort à faire pour introduire un peu de social dans un débat qui a été souvent assez technique, consacré aux mécanismes de financement des entreprises et au poids des fonds d’investissement ou de pension. C’est toujours un peu le problème avec le patronat. Dans ce genre de débat, tout ce qui relève du « social » est noyé sous un pragmatisme apparemment irréfutable.

Cette technicité a eu des effets importants dans la formation d’une problématique collective pendant la soirée : l’ensemble des débats s’est tourné non pas vers le film, qui finalement aura très peu été commenté en lui-même, mais sur des questions qui taraudent actuellement le monde patronal, comme celle de la responsabilité éthique du capital. Ainsi, on a eu droit pendant la première demi-heure à un réquisitoire contre la mauvaise gestion accidentelle de l’ex-patron de Thomé-Génot, suivi de quelques moments de compassion envers les ouvriers présents dans la salle. Puis a succédé un débat sur la mauvaise gestion de cette affaire par les pouvoirs publics, la préfecture et le tribunal de commerce. La technicité en question témoigne d’une distance immédiate des patrons aux souffrances ordinaires des ouvriers, ces derniers n’étant célébrés que pour autant qu’ils savent bien rester à leur place, comme de « bons ouvriers ». Pour le dire plus brutalement, tout a semblé aller dans le sens d’un affichage de la « compétence » technique, d’une affirmation de la valeur sociale positive des patrons qui dépasse la simple stratégie de communication : un moment de célébration d’une respectabilité qui désormais prend des allures « éthiques ». Peut-être s’agit-il d’une mise aux normes contemporaines du capital symbolique du patronat, qui n’a de cesse de prouver sa compétence et son utilité sociale dès que les circonstances s’y prêtent.

Cependant, le film de Marcel Trillat et de son équipe, présente au complet ce soir-là, a trouvé un écho positif dans une assemblée où cela n’allait pas de soi. Une qualité reconnue par Laurence Parisot et Dominique Sénéquier, entre autres, ce qui n’est pas rien compte tenu de leurs positions sociales. Le sujet intéressait, l’affluence exceptionnelle l’a manifesté. Il y a eu 560 inscrits pour cette soirée, un beau plébiscite pour Silence dans la Vallée. Le monde du patronat est divers, ce qui pouvait s’observer dans la variété des tenues vestimentaires, mais il est massivement masculin. En tout cas, les 350 places de l’auditorium, qui porte le nom de Francis Bouygues, n’ont pas suffi. Le dossier de chaque siège porte une plaque dorée et ronde au nom d’une entreprise, par exemple « BNP Paribas ». Sur un mur, un slogan : « L’entreprise c’est l’avenir. » Des dizaines d’invités ont dû se contenter d’une place au sous-sol, dans une salle où le film était diffusé également, sur un écran d’appoint. Il est clair que Laurence Parisot, et au moins une partie de la direction du Medef, étaient acquises au film et à la manière dont il pose la question de l’intervention d’un capital prédateur dans les entreprises en difficulté. L’interview de François de Saint-Gilles (Medef Ardennes), dans le film, n’a pas soulevé d’objections. Toutefois ses propos pendant le débat furent en retrait par rapport à ceux tenus dans le film. Comme s’il s’agissait de sauver la face devant un parterre de pairs qui sont aussi des juges immédiats.

Ici et là, il y eut d’ailleurs quelques indices de divisions à l’intérieur même du patronat. Ne serait-ce que le petit ballet qui préluda à la distribution des places situées au premier rang, comme si d’importantes questions de préséance étaient en jeu. Laurence Parisot a recommandé de faire des fonds de pension à la française en soulignant que les fonctionnaires, eux en disposaient déjà. Ce qui n’a pas empêché un jeune patron de se plaindre que le Medef ne défend pas assez la retraite par capitalisation. La présidente du Medef a souligné que demander des rendements de 20 % pour les petites entreprises, ce n’est pas possible. Tout le monde n’était pas d’accord et ces tensions dans le Medef expliquent sans doute pour une part que cette soirée ait pu avoir lieu.

Toutefois, ce qui a été condamné, c’est le caractère prédateur du repreneur américain. Laurence Parisot a sans doute été sincèrement émue par le film et la fermeture de l’usine Thomé-Génot. Elle a probablement voulu se servir du film et de cette soirée pour mettre en garde les patrons devant des prédateurs tels que Catalina, le repreneur qui a achevé cette entreprise. Mais il s’agissait aussi d’affirmer que les entreprises familiales doivent s’ouvrir aux fonds d’investissement, que leur pérennité est à ce prix. Le ralliement du patronat au film n’est sans doute possible que parce qu’on a là un cas extrême et à la limite caricatural. Ce point a fait l’objet d’un échange pendant le débat, un petit patron disant que ce n’est pas un « arbre qui cache la forêt », c’est-à-dire un prédateur qui masquerait un capital financier utile et honnête. Ce qui a été dit également par le président des Amis de L’Humanité, Charles Sylvestre, présent dans la salle, qui a tenté de perturber l’ordre symbolique de la soirée, mais s’est fait remettre à sa place pour avoir malencontreusement mis en cause Claude Bébéar en lieu et place de Jean Peyrelevade. Claude Bébéar s’est levé, avec beaucoup d’assurance, et a relevé publiquement l’erreur en soulignant avec un plaisir évident, qu’« en plus, c’est un socialiste ».

L’affaire Thomé-Génot a donc été traitée tout au long de la soirée comme un accident : le terme a été utilisé à plusieurs reprises. Regrettable, bien évidemment, mais évitable car dérogatoire aux modes de fonctionnement normaux des fonds repreneurs. Dominique Sénéquier (Axa) a ainsi affirmé que si François Dury avait su faire appel à un bon fonds d’investissement, fiable, les difficultés de l’entreprise auraient pu trouver une issue positive. En cela le débat a été en recul par rapport aux propos de François de Saint-Gilles, qui mettait clairement en cause la présence sur le marché financier d’opérateurs uniquement intéressés par le profit immédiat, le taux de valorisation de leur mise. La présence d’un auditoire très acquis au libéralisme a sans doute limité l’expression de la méfiance du capitalisme familial par rapport au capitalisme financier. Les discours ont donc été assez convenus dans l’ensemble : ce qui fait consensus, c’est la convergence de la mondialisation, de l’inscription de l’industrie française dans ce grand mouvement de délocalisation généralisée des productions matérielles, avec la pérennité des entreprises et des emplois. Finalement les propos tenus, tout en condamnant fermement le capitalisme de pirates de Catalina, ont été très proches de l’interview, dans le film, d’un nouveau repreneur qui a relancé une partie de la production avec une soixantaine de travailleurs. Aidé par le conseil général, il voit néanmoins dans la délocalisation le seul moyen d’assurer la survivance des emplois en France et de ce qui reste de Thomé-Génot à Nouzonville. Il faisait aussi état, dans cet entretien, des pressions des équipementiers comme Valéo, qui refusent la répercussion des hausses des prix de l’acier et vont même jusqu’à exiger la délocalisation, probablement aussi parce que Valéo se voit de son côté contraint par PSA et Renault, ses donneurs d’ordre. Mais il reste que le déménagement récent des deux tiers des machines vers la Chine ne présage rien de bon…

On peut se demander aussi si cette soirée au Medef ne s’inscrit pas dans l’air du temps de l’ouverture, initiée par Sarkozy. Les propos de Laurence Parisot étaient à cet égard étonnants dans leur surenchère. Comme lorsqu’elle déclare « J’ai toujours rêvé d’écrire un article dans L’Humanité. Je reconnais que je n’ai pas pris le chemin le plus direct pour y arriver. » Ou encore, dans son intervention finale : « Vous recevoir ici, vous, les ouvriers de chez Thomé-Génot, vous les syndicats, c’est tout un symbole. » Certes, mais quel symbole ? Celui de la lutte des classes dépassée par exemple ? Celui de la rupture avec des idéologies obsolètes ? Elle a signalé que le film précédent, programmé au Medef dans le cadre de cette série de soirées, était celui d’Al Gore. Cette assemblée improbable de chefs d’entreprise visionnant un documentaire accablant pour le capitalisme en pointe, celui de la finance nomade, applaudissant un film dont le contenu est un réquisitoire contre les méfaits d’hommes d’affaires affairistes sans foi ni loi, n’était-elle pas un faux-semblant de paternalisme aujourd’hui dépassé ? Voire la cérémonie des adieux à un capitalisme en voie d’extinction, à la fois appel à la vigilance envers les prédateurs trop prompts à se livrer à la curée et appel à prendre les devants en se lançant avec décision dans le nouvel internationalisme de la production du profit ? La compassion des interventions à l’égard de la famille Dury — et en particulier de la mère qui assura la direction de l’entreprise après la mort précoce de son mari — était frappante, en l’absence complète de référence aux ouvriers, jamais cités ou très peu cités dans les propos patronaux, alors qu’il s’agit du sujet du film.

Côté patron, une aisance des gestes, des mots et des regards, qui contrastent avec certains moments de tension où les patrons n’hésitent pas à échanger des arguments assez durs, en particulier en réponse à Mme Sénéquier, dont la compétence affichée a suscité des réponses parfois violentes. Plus largement, l’unité de classe coexiste avec des luttes entre les personnes en présence, ce que ce film a pu à la fois canaliser mais aussi susciter (puisque tous doivent montrer qu’ils ne sont pas des « escrocs », qu’ils sont des « bons patrons »).

L’unité de classe n’apparaît véritablement que lorsque l’on observe la distance sociale au sein même de la salle entre les ouvriers invités et les patrons présents : ces ouvriers, qui ont pourtant participé au film, n’étaient pas des vedettes, mais de simples témoins, vis-à-vis desquels les patrons semblaient compatissants. Lorsque Charles Rey prend le micro pour donner son point de vue, sa prise de parole est immédiatement singulière de par la tonalité de sa voix, son accent des Ardennes, ses mots mâchés, ses hésitations multiples qui contrastent avec la sécurité linguistique des hommes en costume. Il porte une chemise jaune pâle années 1970 et un blouson en cuir. Les regards silencieux pointés vers lui finissent par lui mettre la pression, à perdre le fil devant tant d’attention.

Massivement applaudi après avoir présenté une offre de travail de la part des anciens de Thomé-Génot à un éventuel entrepreneur intéressé dans la salle, il est même invité par Laurence Parisot à venir sur la scène. Mais il refuse, sans en faire trop, peut-être par fierté de classe ? En tout cas, il reste à sa place, dans tous les sens du terme, et cela a sans doute permis à la soirée de garder un rythme de cérémonie relativement cohérent (la soirée aurait sûrement pris un autre tournant s’il était monté sur la scène). Reste que l’on peut trouver assez cynique le côté paternaliste-humanitaire de certains patrons. La manière très raide avec laquelle Claude Bébéar s’adresse à Charles Sylvestre, comme pour le rappeler à l’ordre, a mis en évidence le caractère très fragile d’une situation consensuelle qui ne demande qu’à se muer en affrontement dès que les positions de classe sont clairement affirmées.

Sites à consulter :

• thomegenot.com : le site réalisé du temps du repreneur américain, Catalina, toujours en ligne. Sinistre et savoureux.

• medef.fr/main/core/php : la vidéo intégrale du débat du 14 janvier au Medef.

Deux sites incontournables créés par les anciens de Thomé-Génot :

• atg-association.over-blog.com

• ex-syndicatcgtthomegenot08.com

Articles de presse :

• Samuel Gontier, « Qu’elle était noire ma vallée » et « Silence dans la vallée » (compte rendu), Télérama, n° 3011, 26 septembre 2007.

• Olivier Zilbertin, « Un monde à l’agonie », Le Monde TV et Radio, dimanche 30 septembre et lundi 1er octobre 2007 (avec une interview de Marcel Trillat).

• Sabine Harreau, « Comment Marcel Trillat témoigne du déclin du monde ouvrier », entretien avec Marcel Trillat, Pèlerin, n° 6513, 27 septembre 2007.

• Sibylle Grandchamp, « L’ouvrier de la première heure » (portrait de Marcel Trillat), Libération, 4 octobre 2007.

• Jean-Claude Renard, « Les fils des forges », Politis, jeudi 27 septembre 2007.

• Thomas Lemahieu, « Dans la vallée des larmes, les patrons pleurent aussi », L’Humanité, jeudi 4 octobre 2007.

• Michel Diard, « Silence dans la vallée », La Vie ouvrière, 28 septembre 2007.

• « L’affaire Thomé-Génot : le face-à-face Trillat-Parisot » Marcel Trillat, « Une métamorphose brutale » ; Laurence Parisot, « Emotion partagée », L’Humanité, samedi 17 novembre 2007.

• Magali Jauffret, « La mondialisation décortiquée au Max-Linder », L’Humanité, lundi 19 novembre 2007.

• Michel Delberghe, « Quand le Medef s’interroge sur les dérives de la mondialisation et du capitalisme financier », Le Monde, 16 janvier 2008.

par rey charles
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Jeudi 28 février 2008

Bogny-sur-Meuse 

Lenoir-et-Mernier : toujours au point mort


 

Après trois semaines de mobilisation ayant suivi la liquidation judiciaire prononcée le 7 février, les salariés de Lenoir-et-Mernier se sont accordé une journée de répit, hier. 

Ils avaient « refilé la main » comme disait l'un d'eux à la délégation de représentants du personnel partie à Paris en compagnie du maire de Bogny-sur-Meuse à une réunion au ministère de l'Industrie, de l'Economie et des Finances à Bercy. Une entrevue obtenue lundi par les élus politiques de droite.
Mandaté par le personnel, l'ensemble de la délégation avait un objectif commun : la reconnaissance du préjudice moral et son indemnisation ainsi que des solutions pérennes et immédiates en faveur de l'emploi. 

Las, la délégation a essuyé une fin de non-recevoir sur le sujet prioritaire : le versement d'une indemnité supra légale. « Un refus catégorique. On nous a répondu que ce n'était pas l'affaire de l'Etat. »
Philippe Gustin, le conseiller de Christine Lagarde, a par ailleurs estimé qu'il n'y aurait pas de médiateur dans cette affaire dans la mesure où l'entreprise était liquidée.
Par contre, Jean-Luc Blondel, le secrétaire général de la préfecture, sera nommé dans les prochains jours coordinateur de ce dossier. Avec l'objectif d'instruire la réindustrialisation du site en collaboration avec les salariés et de régler les problèmes sociaux et environnementaux. Comme la dépollution de certains bâtiments telle que la galvanisation. 

Promesse a, par ailleurs, été faite aux « Lenoir-et-Mernier » d'instaurer un dialogue avec l'Union des industries minières et métallurgiques. « Avec si nécessaire, une intervention au plus haut niveau de l'Etat pour aboutir à une réunion. »
« On est déçus. On n'est pas ressortis satisfaits de cette réunion. Nous aurions souhaité que l'Etat prenne des responsabilités comme dans le dossier Thomé-Génot. Mais nada… », constatait Claude Choquet.
Erik Pilardeau qui avait joué le chauffeur était un peu plus positif : « Il y a eu quelques petites avancées. Le ministère semble vouloir prendre en considération le problème de la réindustrialisation. Mais ses efforts se borneront à la sauvegarde de l'emploi et au contrat de transition professionnelle. Reste à espérer que le coordinateur insuffle une vraie dynamique. » 

Un compte rendu sera fait ce matin à 7 heures au personnel qui décidera de la suite à donner aux événements. Mais on peut d'ores et déjà craindre une intensification des actions. « Car on en a marre de tourner en rond »
Pascal Remy

par rey charles
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Mercredi 27 février 2008

Charleville-Mézières 

LENOIR-MERNIER / Un dernier blocage avant le rendez-vous à Paris


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Les Lenoir-et-Mernier ont bloqué hier matin le centre de tri postal. Une nouvelle preuve de leur détermination avant le rendez-vous de cet après-midi à Paris au ministère de l'Économie.
PHOTO (Karen KUBENA) : Dès 4 heures du matin, les Lenoir-et-Mernier ont bloqué l'accès du centre de tri à Charleville-Mézières.

Les Lenoir-et-Mernier ont bloqué hier matin le centre de tri postal. Une nouvelle preuve de leur détermination avant le rendez-vous de cet après-midi à Paris au ministère de l'Économie.

DES tournées de facteurs annulées sur le chef-lieu, et une distribution du courrier dit urgent très fortement perturbée sur une bonne partie du département : le blocage hier matin de la plate-forme de La Poste (ex-centre de tri) située sur la zone du Moulin-Leblanc par les ex-salariés de Lenoir-et-Mernier a produit le résultat escompté.
« Ce n'est pas tant les particuliers que nous avons voulu pénaliser mais les entreprises que nous avons souhaité de nouveau sensibiliser », a expliqué le délégué de la CFDT Claude Choquet.
Les métallos ont pris position dès 4 heures sur le rond-point et unique accès à la plate-forme de distribution, d'ailleurs récemment inaugurée. Ils n'ont levé le camp que vers 11 h 30.
Ce faisant, les camions en provenance de Châlons acheminant le courrier urgent et la presse du jour n'ont pu être déchargés pour être triés. Et évidemment, ce même courrier n'a pu être ventilé à destination des bureaux d'une grande moitié nord des Ardennes.
Quand elles n'ont pas été annulées, les tournées des facteurs ne contenaient que des plis non urgents.
Le Sedanais, en revanche, a été épargné.
Il s'agissait — pour la centaine de manifestants mobilisés hier — d'une nouvelle démonstration de force après quelques contacts tendus avec les forces de l'ordre lundi (des CRS aux abords de la préfecture et sur le rond-point de la zone commerciale de Villers-Semeuse). Hier, en revanche, la police était très discrète sur la zone du Moulin-Leblanc.
Pour les Lenoir-et-Mernier, l'objectif était de maintenir la pression avant le rendez-vous de cet après-midi (16 heures) au ministère de l'Économie et de l'Emploi à Paris. « Les choses ont un peu avancé. Mais j'imagine qu'au ministère, on va nous parler essentiellement de reconversion ou de mesures d'accompagnement. Pour le reste, c'est-à-dire la prime, c'est au patronat de la métallurgie de s'engager… » expliquait Claude Choquet.
Or, jusqu'ici, l'Union des industries métallurgiques et minières fait la sourde oreille et ne semble guère disposer à mettre la main au portefeuille (*). « Ils craignent un précédent ? Mais tous les patrons ne se comportent pas comme s'est comporté le nôtre… »
Reste que pour dialoguer, il faut être deux. Et l'UIMM ne manifeste pas pour l'heure la même sensibilité que ces postiers qui, à défaut de courrier, ont spontanément distribué des gobelets de café aux métallos qui bloquaient la plate-forme hier matin.

Ph. M.

(*) «Le principe d'une rencontre avec les dirigeants nationaux de l'UIMM, à Paris, reste acquis. Mais à une date ultérieure » a précisé hier soir Claude Choquet.

 

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Des employés de la Poste, solidaires des ouvriers,
sont venus leur servir du café.
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Des transporteurs tentent de convaincre les ouvriers
pour que ces derniers les laissent entrer sur le site.
par rey charles
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Mardi 26 février 2008



COMME POUR LES THOME GENOT " LES CRS ET ONT DISCUTENT APRES "
 
1 COUP DE TELEPHONE  ET ILS SONT LA

15 JOURS DE CONFLIT POUR UNE REUNION

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nous étions 3 ex-thomé génot à la préfecture pour soutenir les salariés de Lenoir et Mernier 
moi-même, le vise président de l'association des anciens de thomé génot et notre collègue  dit " le père noêl"




Charleville-Mézières
 

Lenoir-et-Mernier / Premier face-à-face avec les CRS


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Plusieurs élus PS sont venus apporter leur soutien aux licenciés de Lenoir-et-Mernier

 

AU bout de quinze jours de manifestations et de démonstrations quasi quotidiennes, les Lenoir-et-Mernier ont vécu hier matin leur premier face-à-face avec les CRS.
Les forces de l'ordre avaient bloqué les accès à la préfecture, du tribunal et de la cité administrative avant 8 heures. 

Le quartier avait même été interdit à toute circulation automobile ; une signalisation temporaire et des barrières de sécurité inversaient le sens de la rue de Jaubert.
Bref, les autorités s'attendaient à ce que le ton monte d'un cran de la part des 132 salariés licenciés qui n'ont, jusqu'à présent, pas trouvé de véritable soutien dans leur démarche pour obtenir une indemnité supra-légale de licenciement. 

Vendredi, on en était resté dans l'attente d'un hypothétique rendez-vous au siège national de l'UIMM*. On sait depuis hier qu'il ne viendra pas !
« Il n'est pas en effet dans les compétences de l'UIMM de financer des indemnités de licenciement dans les entreprises de la branche […] Espérant que le dialogue régional permette d'avancer dans la voie de solutions aussi appropriées que possible pour répondre à une situation si douloureuse… » 

C'est un passage de la lettre de Frédéric Saint-Geours, président de l'UIMM, qu'ont reçue les élus (Bogny, conseil général, conseil régional…) hier matin.
« Tant qu'on n'aura pas réglé le problème de notre indemnité de licenciement pour préjudice moral, on ne s'engagera dans rien ! », déclarait, très déçu, hier Claude Choquet, le porte-parole du personnel Lenoir-et-Mernier. « On ne veut pas entendre parler de reclassement, ni d'intérim ou de CTP ! »

« Nous voulons seulement la reconnaissance que nous avons été volés par une personne malhonnête. […] On ne peut attendre cinq ans l'aboutissement de l'enquête judiciaire. Le patronat ardennais et la préfecture se rendent complices de Jarlot ». [NDLR : l'ex-pdg de Lenoir-et-Mernier].
Dans le milieu de la matinée, les manifestants décidaient d'entamer une opération escargot sur la rocade en direction de la zone commerciale de Villers-Semeuse… où ils entendaient bloquer le rond-point. 

Mais là encore, les CRS les avaient devancés et les Lenoir-et-Mernier ont été refoulés au prix de quelques bousculades qui ont d'ailleurs coûté un blouson à l'un des manifestants.
En début d'après-midi, (alors que les forces de l'ardre interdisaient tout nouveau feu de pneus devant la préfecture), les trois élus PS, Erik Pilardeau, Philippe Vuilque et Claudine Ledoux, respectivement maires de Bogny-sur-Meuse, député de la 2e circonscription et maire de Charleville-Mézières, sont venus soutenir les ouvriers licenciés. 

Peu avant 15 heures, ils ont été reçus avec une délégation par le directeur de cabinet de la préfète, M. Mauvais. À leur sortie, la seule nouvelle importante était que la préfecture va demander que soit nommé un médiateur le plus rapidement possible.

Patrick Flaschgo

* Union des Industries Métallurgiques et Minières.


***

Assigner l'UIMM en justice

« Nous demandons solennellement aux pouvoirs publics d'assigner l'UIMM en justice », disait hier soir un communiqué des élus communistes et républicains. « Cette organisation patronale a touché de l'argent des entreprises et doit participer au financement de la relance de l'entreprise et à l'indemnisation des salariés licenciés ».
Les élus PC ardennais vont saisir les parlementaires communistes afin qu'ils interpellent le gouvernement sur cette question.


***

Mercredi chez Christine Lagarde

DERNIÈRE HEURE : Hier en fin de journée, le président du conseil général Benoît Huré, la députée Bérengère Poletti et Boris Ravignon (2e sur la liste UMP pour les municipales à Charleville-Mézières) ont indiqué dans un communiqué qu'ils avaient obtenu de Christine Lagarde, ministre de l'Économie et des Finances et de l'Emploi, qu'une délégation de salariés Lenoir-et-Mernier soit reçue au ministère demain mercredi 27 février à 16 heures.
« Cet entretien permettra aux représentants des salariés d'exprimer directement leur demande d'appui du ministère auprès de l'UIMM », poursuit le communiqué.
« Dans les prochains jours, la direction nationale de l'UIMM sera à nouveau sollicités pour recevoir la délégation des salariés ».

 

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par rey charles
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Mardi 26 février 2008

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par rey charles
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Dimanche 24 février 2008

L'association des Anciens de Thomé Génot a invité le Représentant des salariés 

de Lenoir et Mernier, une délégation de 20 salariés sont venus avec lui

pour assister à notre assemblé mensuel.

je tiens à vous dire au nom de tout les adhérents que nous sommes de tout coeur avec vous

un compte rendu sera mis prochainement sur le blog

vous pouvez mettre un commentaire pour montrer votre solidarité avec eux

merci pour eux









le bureau de l'association des anciens de Thomé Génot avec le représentant 

des Lenoir et Mernier Claude Choquet

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les anciens de thomé génot à l'écoute

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les Thomé Génot et les Lenoir et Mernier  à la table


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prise de parole du représentant des Lenoir et Mernier  CLAUDE CHOQUET

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une table compléte des Salariés de Lenoir et Mernier

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par rey charles
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Samedi 23 février 2008

social - économie

Patrons voyous. Les vautours se portent bien, merci !

Dans les Ardennes, les 160 salariés d’un petit conglomérat d’usines de boulons, placé en liquidation judiciaire, demandent à l’UIMM de payer pour leur préjudice moral.

Bogny-sur-Meuse (Ardennes), envoyés spéciaux.

Silence dans la vallée, acte 2… Le long des méandres de la Meuse, au coeur des forêts ardennaises, les vautours et les hyènes gardent le moral, eux. Dans le décor, les ouvriers apparaissent désormais pour ce qu’ils sont : la principale espèce menacée de l’écosystème. Qu’elles reprennent ou continuent, les affaires sont les affaires. Après le saccage des ateliers d’estampage Thomé-Génot à Nouzonville, démantelés en octobre 2006 suite aux détournements savamment orchestrés par un noyau d’affairistes américains, voici le tour d’un conglomérat de petites boîtes métallurgiques (Lenoir-et-Mernier, FAV-LCAB, Dauvin, Gérard-Bertrand et Jayot), à Bogny-sur-Meuse, rachetées à prix cassés lors de procédures judiciaires et, en quelques années, méthodiquement pillées pour financer les opérations successives puis elles aussi placées en liquidation depuis le 7 février (lire ci-contre). Mais cette fois-ci, l’architecte du désastre est un vrai gars du coin.

Vieille connaissance de la bonne société ardennaise, Philippe Jarlot a été conseiller prud’homal dans le contingent des employeurs, et il demeure représentant de la CGPME à l’URSSAF et adhérent du Syndicat des industriels métallurgistes Ardennais (SIMA, rebaptisé récemment UIMM Ardennes) et du MEDEF. Et quand - ironie de l’histoire - ce patron du cru propose de racheter pour 8 000 euros un site annexe de Thomé-Génot, Jayot à Gespunsart, le tribunal de commerce n’a pas l’outrecuidance de lui poser trop de questions. « On a toujours fait comme ça avec lui, on lui a offert des boîtes sur un plateau sans lui demander de comptes, observe Xavier Médeau, avocat des Thomé-Génot et, aujourd’hui, des Lenoir-et-Mernier. Lors du rachat de Jayot, j’étais présent à l’audience et je me souviens que l’administrateur judiciaire a expliqué qu’on connaissait bien Philippe Jarlot, qu’il était digne de confiance, pour justifier qu’on ne réclame ni plans ni comptes d’entreprise. La procédure n’a pas été respectée et je réfléchis à l’opportunité d’une action judiciaire pour faire établir la faute de l’État… » Quelques semaines plus tard, en décembre 2006, Benoît Huré, le président (UMP) du conseil général des Ardennes, ne lésine pas sur les mots louangeurs pour saluer « la formidable leçon d’espoir apportée par Philippe Jarlot » dans un département sinistré. Dans la foulée, le conseil général lui octroie 300 000 euros d’aides publiques, contre la promesse de trente emplois. Cet engagement, comme les autres, ne sera jamais tenu : à peine cinq mois plus tard, au début de mai 2007, c’est le dépôt de bilan… Et aujourd’hui, à Bogny-sur-Meuse, dans le berceau historique de la fabrication industrielle de boulons, les 160 salariés des entreprises de boulonnerie Lenoir-et-Mernier, FAV-LCAB et autres sont à la rue, dans une colère noire, avec leur carnet de commandes bien fournis, mais plus un radis pour faire tourner les boutiques.

Le jury populaire n’hésite guère

Mercredi après-midi, à l’intérieur de l’usine Lenoir-et-Mernier occupée par les ouvriers depuis la liquidation judiciaire, Claude Choquet, délégué CFDT, le seul syndicat en présence, lit un sévère acte d’accusation. Tout y passe dans le désordre : malversations, abus de biens sociaux, opérations immobilières frauduleuses, présentation de faux bilans, détournement des machines et des stocks, arnaques sur les cessions d’actions, commissions sur des ventes à perte, embauches de la famille, des petits copains, emplois fictifs, etc. Sur un bûcher de fortune, l’accusé, « victime d’une extinction de voix », plaisante un des gars, attend son heure, bouche cousue, mains cramponnées à des liasses de billets de 500 euros. Quelqu’un se dévoue pour les exigences élémentaires de la défense : « Mais mon client vous a quand même nourris pendant quelques années », tente-t-il, avant de repartir illico sous les quolibets. À la fois rigolard et grave, le jury populaire condamne le prévenu et, sous les palettes, les flammes viennent lécher les pieds du mannequin. Au bout d’un moment, les coupures factices de 500 euros, libérées, non sans résistance, par l’effigie du patron-voyou, découpent des flèches noires dans la grisaille du ciel. Un moment de détente au coin du feu, mais l’essentiel est ailleurs…

Depuis une dizaine de jours, les salariés des différentes entreprises du groupe, placées en liquidation judiciaire par la faute de Philippe Jarlot, écument Charleville-Mézières, sèment la zizanie sur les axes routiers qu’ils bloquent régulièrement et, surtout, mettent le souk dans le patronat local. « Notre patron était adhérent de l’UIMM, rappelle Claude Choquet. Il a pillé nos usines et volé nos emplois. Quoi de plus logique que de demander au patronat, plutôt qu’aux collectivités territoriales, de contribuer à l’indemnisation de notre préjudice moral en nous versant une prime supra-légale de 50 000 euros ? » Lancée à l’occasion d’une table ronde, vendredi dernier, à la préfecture des Ardennes en présence des représentants du conseil régional, du conseil général, du MEDEF et de la chambre

de commerce et d’industrie (CCI), cette idée tombe à pic, quelques mois après la découverte des retraits suspects de Denis Gautier-Sauvagnac et de la caisse noire « antigrève » à l’UIMM, évaluée à 600 millions d’euros. « À l’UIMM, on nous a expliqué que cet argent servait à fluidifier les relations sociales, raille encore Claude Choquet. Mais là, on offre au patronat un moyen de faire les choses un peu plus ouvertement. Qu’il paie pour les opérations douteuses de leur adhérent, ça serait un geste apprécié dans toutes les Ardennes. »

Dans un courrier commun au président de l’UIMM à Paris, Jean-Paul Bachy, président socialiste du conseil régional, et Benoît Huré, président (UMP) du conseil général, soutiennent la démarche des salariés et « en appellent au sens de la solidarité » de la puissante fédération patronale de la métallurgie : « En cas d’incapacité de l’employeur défaillant de réparer le préjudice, il faut bien que d’autres le fassent. Ce n’est évidemment pas aux contribuables ni au budget des collectivités de payer les conséquences d’une situation dont ils ne sont nullement responsables. » Pour Michèle Leflon, vice-présidente (PCF) de la région Champagne-Ardenne, « c’est une véritable innovation que de demander l’indemnisation par l’UIMM du préjudice moral infligé aux salariés du fait des agissements de leur patron. On ne peut dans ce contexte que souligner l’esprit de responsabilité des salariés. »

Le MEDEF « sidéré »

Interrogé par l’Humanité, François de Saint-Gilles, patron d’une petite entreprise de la métallurgie et président du MEDEF Ardennes, insiste sur la mobilisation patronale « pour recaser un maximum de personnes et maintenir les activités des entreprises en liquidation ». En revanche, il se dit « sidéré » par l’idée de faire financer par l’UIMM la prime supra-légale qui pourrait être versée aux salariés de Lenoir-et-Mernier, des FAV-LCAB et des autres petites boîtes. D’après lui, « Philippe Jarlot n’a plus versé de cotisations au SIMA et au MEDEF depuis deux ans… » Chez Lenoir-et-Mernier, la poubelle d’Ingrid, qui était comptable auprès de Philippe Jarlot, est pourtant aujourd’hui pleine des comptes rendus de réunion de l’UIMM, des formulaires pour les enquêtes de main-d’oeuvre et de la documentation interne, envoyées encore tout récemment par la chambre patronale.

Sur les braises, à pas de loup

Hier matin, descente surprise à la CCI : après quelques tergiversations, les salariés en lutte obtiennent un rendez-vous avec Géraud Spire, président de la chambre consulaire et par ailleurs juge doyen au tribunal de commerce de Charleville. « L’indemnité qu’on demande, c’est une indemnité justifiée, explique Claude Choquet. Et vous devez nous aider à convaincre l’UIMM. » Devant la presse, Géraud Spire avance sur les braises à pas de loup : « Le principe d’une indemnité supra-légale ne m’offusque pas, mais les entreprises paient déjà une cotisation spécifique aux AGS pour les cas de figure comme le vôtre. Nous sommes dans une problématique nouvelle, avec votre idée de vous indemniser pour les cas éventuels d’erreurs de gestion ou de mauvaise conduite de votre chef d’entreprise. On ne peut pas garantir le résultat avec l’UIMM, mais on souhaite qu’il y ait un dialogue, c’est préférable que de rester face à un mur. Cela dit, il est évident qu’en matière d’indemnisation, il faut s’adresser à tous les acteurs et donc aussi aux collectivités locales. » À la sortie de la rencontre, les ouvriers oscillent, entre espérance et exaspération. Leur combat, inédit mais exemplaire, continue.

Thomas Lemahieu Reportage photos de Pierre Pytkowicz

par rey charles
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Samedi 23 février 2008

Charleville-Mézières / Lenoir-et-Mernier L'espoir d'une indemnisation de l'UIMM s'éloigne


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Sortie de l'entrevue avec Lionel Vuibert, la mine de Claude Choquet n'est pas particulièrement réjouie.

Hier matin, les Lenoir-et-Mernier n'ont pas eu besoin de faire à nouveau le siège de la Chambre de commerce et d'industrie car Géraud Spire a tenu son engagement : le président de la CCI a bien remis à Claude Choquet, le porte-parole des ouvriers licenciés, une lettre dans laquelle il confirme son appui à la demande d'un rendez-vous au siège national de l'IUMM*.

Restait donc à revoir les représentants de l'UIMM 08 pour obtenir une réponse : les Lenoir-et-Mernier auraient-ils, oui ou non, un soutien ardennais du syndicat patronal de la métallurgie pour aller présenter à Paris une demande d'indemnité supra-légale compte tenu des circonstances considérées par eux-mêmes comme frauduleuses de la liquidation de leur entreprise ?

Retour donc vers le 9 avenue Leclerc. Et, à nouveau blocage, par une centaine de manifestants, pneus enflammés, etc., comme c'est devenu l'habitude depuis le début de la semaine.
Mais à sa sortie de l'entrevue avec Lionel Vuibert, la délégation était plutôt déçue. Le secrétaire général de l'UIMM maintenait que la demande d'une indemnité supra-légale à l'instance nationale des patrons de la métallurgie était « surprenante ».

« Je pense que le principe d'une indemnité supra-légale n'a pas lieu d'être… mais comme il y a déjà eu un précédent [NDLR : en fait, il y en a eu au moins deux dans les Ardennes avec Thomé-Génot et Cellatex], c'est normal que les Lenoir-et-Mernier réclament la même chose. Mais pallier à la défaillance d'un employeur, c'est le rôle de l'AGS**».

Mais au moins, le secrétaire général de l'UIMM allait-il appuyer la demande de rendez-vous au siège national ? « Le président Frédéric Saint Jours doit avoir reçu la demande écrite depuis un ou deux jours et il n'a pas besoin de me consulter pour savoir ce qu'il doit faire ».
En même temps, Lionel Vuibert ne semblait pas laisser de grands espoirs à la délégation… « L'UIMM n'a pas de compétences économiques. Notre champ d'action est le social et la formation ».

Par ailleurs, sur la question de la condamnation ne serait-ce que morale de l'ex-pdg de Lenoir-et-Mernier, Philippe Jarlot, la délégation n'a pas obtenu autre chose… qu'une réponse prudente.
« Laissez d'abord la justice faire son travail. S'il s'avère que nous devons le condamner, le moment venu nous le ferons… Nous n'avons pas envie qu'une mauvaise image colle à tous les chefs d'entreprises du département ». À ce sujet, on a appris hier que l'enquête du SRPJ de Reims a commencé ; les premières auditions sont prévues pour la semaine prochaine.

Les manifestants se sont finalement séparés à la mi-journée, non sans avoir lancé des dizaines d'œufs sur la façade de l'UIMM 08.

Patrick Flaschgo

*UIMM : Union des industries métallurgiques et minières.
**Assurance garantie des salaires.

 

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par rey charles
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Samedi 23 février 2008

social - économie

Patrons voyous. Les vautours se portent bien, merci !

Dans les Ardennes, les 160 salariés d’un petit conglomérat d’usines de boulons, placé en liquidation judiciaire, demandent à l’UIMM de payer pour leur préjudice moral.

Bogny-sur-Meuse (Ardennes), envoyés spéciaux.

Silence dans la vallée, acte 2… Le long des méandres de la Meuse, au coeur des forêts ardennaises, les vautours et les hyènes gardent le moral, eux. Dans le décor, les ouvriers apparaissent désormais pour ce qu’ils sont : la principale espèce menacée de l’écosystème. Qu’elles reprennent ou continuent, les affaires sont les affaires. Après le saccage des ateliers d’estampage Thomé-Génot à Nouzonville, démantelés en octobre 2006 suite aux détournements savamment orchestrés par un noyau d’affairistes américains, voici le tour d’un conglomérat de petites boîtes métallurgiques (Lenoir-et-Mernier, FAV-LCAB, Dauvin, Gérard-Bertrand et Jayot), à Bogny-sur-Meuse, rachetées à prix cassés lors de procédures judiciaires et, en quelques années, méthodiquement pillées pour financer les opérations successives puis elles aussi placées en liquidation depuis le 7 février (lire ci-contre). Mais cette fois-ci, l’architecte du désastre est un vrai gars du coin.

Vieille connaissance de la bonne société ardennaise, Philippe Jarlot a été conseiller prud’homal dans le contingent des employeurs, et il demeure représentant de la CGPME à l’URSSAF et adhérent du Syndicat des industriels métallurgistes Ardennais (SIMA, rebaptisé récemment UIMM Ardennes) et du MEDEF. Et quand - ironie de l’histoire - ce patron du cru propose de racheter pour 8 000 euros un site annexe de Thomé-Génot, Jayot à Gespunsart, le tribunal de commerce n’a pas l’outrecuidance de lui poser trop de questions. « On a toujours fait comme ça avec lui, on lui a offert des boîtes sur un plateau sans lui demander de comptes, observe Xavier Médeau, avocat des Thomé-Génot et, aujourd’hui, des Lenoir-et-Mernier. Lors du rachat de Jayot, j’étais présent à l’audience et je me souviens que l’administrateur judiciaire a expliqué qu’on connaissait bien Philippe Jarlot, qu’il était digne de confiance, pour justifier qu’on ne réclame ni plans ni comptes d’entreprise. La procédure n’a pas été respectée et je réfléchis à l’opportunité d’une action judiciaire pour faire établir la faute de l’État… » Quelques semaines plus tard, en décembre 2006, Benoît Huré, le président (UMP) du conseil général des Ardennes, ne lésine pas sur les mots louangeurs pour saluer « la formidable leçon d’espoir apportée par Philippe Jarlot » dans un département sinistré. Dans la foulée, le conseil général lui octroie 300 000 euros d’aides publiques, contre la promesse de trente emplois. Cet engagement, comme les autres, ne sera jamais tenu : à peine cinq mois plus tard, au début de mai 2007, c’est le dépôt de bilan… Et aujourd’hui, à Bogny-sur-Meuse, dans le berceau historique de la fabrication industrielle de boulons, les 160 salariés des entreprises de boulonnerie Lenoir-et-Mernier, FAV-LCAB et autres sont à la rue, dans une colère noire, avec leur carnet de commandes bien fournis, mais plus un radis pour faire tourner les boutiques.

Le jury populaire n’hésite guère

Mercredi après-midi, à l’intérieur de l’usine Lenoir-et-Mernier occupée par les ouvriers depuis la liquidation judiciaire, Claude Choquet, délégué CFDT, le seul syndicat en présence, lit un sévère acte d’accusation. Tout y passe dans le désordre : malversations, abus de biens sociaux, opérations immobilières frauduleuses, présentation de faux bilans, détournement des machines et des stocks, arnaques sur les cessions d’actions, commissions sur des ventes à perte, embauches de la famille, des petits copains, emplois fictifs, etc. Sur un bûcher de fortune, l’accusé, « victime d’une extinction de voix », plaisante un des gars, attend son heure, bouche cousue, mains cramponnées à des liasses de billets de 500 euros. Quelqu’un se dévoue pour les exigences élémentaires de la défense : « Mais mon client vous a quand même nourris pendant quelques années », tente-t-il, avant de repartir illico sous les quolibets. À la fois rigolard et grave, le jury populaire condamne le prévenu et, sous les palettes, les flammes viennent lécher les pieds du mannequin. Au bout d’un moment, les coupures factices de 500 euros, libérées, non sans résistance, par l’effigie du patron-voyou, découpent des flèches noires dans la grisaille du ciel. Un moment de détente au coin du feu, mais l’essentiel est ailleurs…

Depuis une dizaine de jours, les salariés des différentes entreprises du groupe, placées en liquidation judiciaire par la faute de Philippe Jarlot, écument Charleville-Mézières, sèment la zizanie sur les axes routiers qu’ils bloquent régulièrement et, surtout, mettent le souk dans le patronat local. « Notre patron était adhérent de l’UIMM, rappelle Claude Choquet. Il a pillé nos usines et volé nos emplois. Quoi de plus logique que de demander au patronat, plutôt qu’aux collectivités territoriales, de contribuer à l’indemnisation de notre préjudice moral en nous versant une prime supra-légale de 50 000 euros ? » Lancée à l’occasion d’une table ronde, vendredi dernier, à la préfecture des Ardennes en présence des représentants du conseil régional, du conseil général, du MEDEF et de la chambre

de commerce et d’industrie (CCI), cette idée tombe à pic, quelques mois après la découverte des retraits suspects de Denis Gautier-Sauvagnac et de la caisse noire « antigrève » à l’UIMM, évaluée à 600 millions d’euros. « À l’UIMM, on nous a expliqué que cet argent servait à fluidifier les relations sociales, raille encore Claude Choquet. Mais là, on offre au patronat un moyen de faire les choses un peu plus ouvertement. Qu’il paie pour les opérations douteuses de leur adhérent, ça serait un geste apprécié dans toutes les Ardennes. »

Dans un courrier commun au président de l’UIMM à Paris, Jean-Paul Bachy, président socialiste du conseil régional, et Benoît Huré, président (UMP) du conseil général, soutiennent la démarche des salariés et « en appellent au sens de la solidarité » de la puissante fédération patronale de la métallurgie : « En cas d’incapacité de l’employeur défaillant de réparer le préjudice, il faut bien que d’autres le fassent. Ce n’est évidemment pas aux contribuables ni au budget des collectivités de payer les conséquences d’une situation dont ils ne sont nullement responsables. » Pour Michèle Leflon, vice-présidente (PCF) de la région Champagne-Ardenne, « c’est une véritable innovation que de demander l’indemnisation par l’UIMM du préjudice moral infligé aux salariés du fait des agissements de leur patron. On ne peut dans ce contexte que souligner l’esprit de responsabilité des salariés. »

Le MEDEF « sidéré »

Interrogé par l’Humanité, François de Saint-Gilles, patron d’une petite entreprise de la métallurgie et président du MEDEF Ardennes, insiste sur la mobilisation patronale « pour recaser un maximum de personnes et maintenir les activités des entreprises en liquidation ». En revanche, il se dit « sidéré » par l’idée de faire financer par l’UIMM la prime supra-légale qui pourrait être versée aux salariés de Lenoir-et-Mernier, des FAV-LCAB et des autres petites boîtes. D’après lui, « Philippe Jarlot n’a plus versé de cotisations au SIMA et au MEDEF depuis deux ans… » Chez Lenoir-et-Mernier, la poubelle d’Ingrid, qui était comptable auprès de Philippe Jarlot, est pourtant aujourd’hui pleine des comptes rendus de réunion de l’UIMM, des formulaires pour les enquêtes de main-d’oeuvre et de la documentation interne, envoyées encore tout récemment par la chambre patronale.

Sur les braises, à pas de loup

Hier matin, descente surprise à la CCI : après quelques tergiversations, les salariés en lutte obtiennent un rendez-vous avec Géraud Spire, président de la chambre consulaire et par ailleurs juge doyen au tribunal de commerce de Charleville. « L’indemnité qu’on demande, c’est une indemnité justifiée, explique Claude Choquet. Et vous devez nous aider à convaincre l’UIMM. » Devant la presse, Géraud Spire avance sur les braises à pas de loup : « Le principe d’une indemnité supra-légale ne m’offusque pas, mais les entreprises paient déjà une cotisation spécifique aux AGS pour les cas de figure comme le vôtre. Nous sommes dans une problématique nouvelle, avec votre idée de vous indemniser pour les cas éventuels d’erreurs de gestion ou de mauvaise conduite de votre chef d’entreprise. On ne peut pas garantir le résultat avec l’UIMM, mais on souhaite qu’il y ait un dialogue, c’est préférable que de rester face à un mur. Cela dit, il est évident qu’en matière d’indemnisation, il faut s’adresser à tous les acteurs et donc aussi aux collectivités locales. » À la sortie de la rencontre, les ouvriers oscillent, entre espérance et exaspération. Leur combat, inédit mais exemplaire, continue.

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