Politique - Article paru
le 19 novembre 2007
événement
La mondialisation décortiquée au Max-Linder
« Ils ont vu les gentils Thomé-Génot. Ils vont voir les méchants (?). On n?est pas des dactylos, on est des métallos ! » lance le délégué CGT Yannick Langrenez à Marcel Trillat en train de filmer les affrontements avec les CRS précédant la douloureuse liquidation de cette fonderie de Nouzonville (Ardennes), sujet de son film.
Hier matin, lorsque la salle bien remplie se rallume dans le cinéma Max-Linder qui vient de projeter, à l?initiative des Amis de l?Humanité, Silence dans la vallée, Yannick est là, toujours aussi radical, bien qu?il ait dépassé le stade de la colère, mais aussi Charles Rey, qui écrase de vraies larmes de prolo dans le film, et aussi Éric Beaudoin, forcé de passer de la métallurgie de pointe à la restauration.
Mais le plus piquant, c?est que François Dury, patron de Thomé-Génot de père en fils, et François de Saint-Gilles, président du MEDEF des Ardennes, qui ne se sont pas dérobés, ont beau faire partie de la même bourgeoisie, avoir usé leurs fonds de culotte sur les mêmes bancs d?école et d?église, ils ne réagissent pas de la même façon : le premier, culpabilisé de n?avoir pas su convaincre sa mère qu?il fallait anticiper face à la toute-puissance du marché, fait aujourd?hui corps avec ses ouvriers qui l?appréciaient, face au désastre de son usine pillée par les Américains avant de se retrouver, grâce à des fonds publics, entre les mains d?un repreneur qui vante les délocalisations en Chine ! Analysant la situation, il dénonce l?opportunisme de l?encadrement, l?indifférence des institutionnels ainsi qu?un environnement bancaire défavorable à l?industrie.
Le second reconnaît la différence entre un capitalisme financier sans foi ni loi et un patronat familial et industriel, dont il fait partie. Mais il le fait du bout des lèvres car il parle au nom d?un MEDEF dont la présidente, Laurence Parisot, lui a quelque peu compliqué la tâche : n?affirme-t-elle pas dans un point de vue, écrit en réaction au film et publié dans notre édition de samedi, qu?il y a une illusion à croire qu?au bout du compte il y aurait un bon capitalisme familial, local et industriel, et un mauvais, anonyme, mondial et financier ?
Et si ces contradictions entre patrons existaient bel et bien ? Et si elles se révélaient particulièrement face à ce que Yannick Langrenez, regrettant l?époque où « patronat et salariés se frittaient, mais avaient un intérêt commun à bosser, à se faire vivre les uns les autres », décrit aujourd?hui comme « des gens impalpables, sans respect, qu?on ne peut même plus attraper par le col pour s?expliquer » ?
« Comment arrêter cette logique de désindustrialisation que personne ne contrôle ? se demande Marcel Trillat. À qui profite ce processus qui engendre des enrichissements insolents et crée dans le même temps une précarisation croissante de la population, des ouvriers et des petits patrons ? »
Magali Jauffret

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