Une banderole tendue à l'entrée de l'usine et quelques inscriptions sur les murs traduisent la colère qui les ronge : "Pilleur",
"voleur"... Depuis le 7 février, date de la mise en liquidation de leur entreprise spécialisée dans la production de boulons, les salariés de Lenoir et Mernier, à Bogny-sur-Meuse
(Ardennes), ont le sentiment d'avoir été victimes d'un "patron-voyou".
Pour eux, Philippe Jarlot, qui dirigeait un groupe de plusieurs sociétés (dont Lenoir et Mernier), a non seulement très mal géré ses affaires, au point de devoir faire faillite, mais il
s'est, de surcroît, enrichi illégalement en vendant des actifs à son seul profit.
Les dégâts sont lourds. Sur les quelque 160 personnes employées dans le groupe, 133 ont été licenciées à la suite de la liquidation de la plupart des usines ayant appartenu à
M. Jarlot. Mais une partie de la main-d'oeuvre devrait finalement être épargnée par la casse sociale. Jeudi 6 mars, le tribunal de commerce de Charleville-Mézières a, en effet, accepté deux
offres de reprise partielle qui prévoient de conserver une quarantaine d'employés. Mais il reste tout de même "90 personnes sur le tapis", observe Me Xavier Médeau,
l'avocat des salariés.
Dans ce contexte, les personnels du groupe maintiennent leurs revendications : la désignation d'un médiateur et le versement d'une "prime supralégale" de 50 000
euros par salarié, en plus de l'indemnité conventionnelle de licenciement. Ce bonus vise à "réparer le préjudice moral" que l'ex-patron de Lenoir et Mernier a causé aux salariés,
explique Claude Choquet, délégué syndical CFDT. Une telle doléance s'inspire du traitement accordé, il y a un peu moins d'un an et demi, aux ouvriers de Thomé-Génot, ce sous-traitant
automobile installé à quelques kilomètres de Bogny-sur-Meuse qui avait été laissé exsangue par un groupe américain (Le Monde du 22 novembre 2006).
Pour se faire entendre, les salariés de Lenoir et Mernier ont multiplié les coups d'éclat au cours des dernières semaines : rassemblement devant un centre de tri postal,
blocage de trains à la gare de Charleville-Mézières, etc. Parallèlement, ils ont écrit à l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) pour obtenir le paiement de
l'indemnité exceptionnelle qu'ils réclament. L'organisation professionnelle leur a opposé une fin de non-recevoir. Même réponse du côté du ministère de l'économie, quand un conseiller de
Christine Lagarde a reçu une délégation syndicale, le 27 février.
M. Choquet espère, malgré tout, que les services de l'Etat, les collectivités locales et les acteurs du monde économique feront un geste. Une réunion doit se tenir en début
de semaine prochaine à la préfecture des Ardennes.
En attendant, la justice vérifie les accusations lancées contre M. Jarlot. "Une enquête a été confiée au SRPJ de Reims", affirme Francis Nachbar, procureur de la
République de Charleville-Mézières. Plusieurs salariés ont déjà été entendus, quelques semaines après la plainte déposée par les personnels du groupe. Le conseil général des Ardennes a
aussi l'intention d'engager une procédure judiciaire pour demander des éclaircissements sur l'utilisation d'une "avance remboursable" de 300 000 euros qu'il a attribuée à l'une des
sociétés de M. Jarlot, indique Me Pierre Blocquaux, l'avocat du département.
Pour l'heure, l'ex-patron de Lenoir et Mernier réserve ses réponses au SRPJ. Son conseil, Me Ahmed Harir, conteste les "paroles en l'air" lancées par les
salariés. Si des "mouvements suspects" s'étaient produits, l'administrateur judiciaire les aurait remarqués et signalés au parquet, argumente l'avocat, ajoutant que M. Jarlot
n'était pas seul pour diriger l'entreprise.
Article paru dans l'édition du 08.03.08.
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