Nouzonville, Envoyé spécial.
Drapé dans ses nouveaux habits de grand allié de la classe ouvrière, Nicolas Sarkozy prétend aujourd?hui écumer les usines du pays en jouant les tapes amicales sur les épaules des salariés. Toutes les usines du pays ? Non, évidemment, il les choisit avec soin et, comme il fuit les quartiers populaires, il en évite prudemment certaines. Pas question, par exemple, de mettre les pieds aux environs de Thomé-Génot à Nouzonville (Ardennes), liquidé en octobre 2006 après un pillage - organisé par un fond d?investissement américain. Pendant des - semaines, les 320 ouvriers de l?équipementier automobile se sont mobilisés pour arracher une prime de licenciement et, à l?époque, le ministre de l?Intérieur Nicolas - Sarkozy avait, en guise de réponse à leurs - revendications, décidé de lancer des centaines de CRS à leur assaut : évacuation à l?aube de l?usine occupée et - répression à coups de grenades lacrymogènes d?une manifestation pacifique et populaire sur la place de Nouzonville. Et quelques mois plus tard, les résultats électoraux démontrent que les habitants de cette commune - ardennaise portent moins qu?ailleurs le candidat de l?UMP dans leur coeur : sur Nouzonville, Sarkozy plafonne à 19 % des voix, quand Royal engrange 31,2 % (lire encadré au-dessus).
C?est dans ce contexte que les ex-Thomé-Génot ont appris que l?un des leurs se trouve aujourd?hui poursuivi en justice pour dégradation de bien public. Le 6 novembre dernier, ils s?étaient tous retrouvés pour une énième journée de blocage de la préfecture à Charleville-Mézières et, en fin d?après-midi, ballottés une fois de plus par les autorités, certains d?entre eux avaient rapproché des pneus de l?entrée du bâtiment. Le lendemain matin, le journal local, l?Ardennais, précise qu?« aucun - incident n?a été à déplorer réellement hier, sauf une caméra de - surveillance grillée ». Mais il y a quelques jours, David, âgé de trente-six ans, a reçu chez lui une assignation pour une audience, le 9 mai, - devant le tribunal correctionnel.
Stupeur au sein de l?association des anciens de Thomé-Génot : à la veille de la visite de Sarkozy dans la « France qui souffre », au coeur des Ardennes en voie de désindustrialisation, le 18 décembre dernier, les anciens salariés de l?équipementier automobile avaient reçu l?assurance que leurs chèques de 10 000 euros seraient - débloqués et qu?il n?y aurait aucune poursuite pour des faits liés au mouvement social qu?ils venaient d?achever. « Madame la préfète des Ardennes nous a garanti juste avant que Sarko vienne faire son show qu?il n?y aurait aucune plainte en justice contre nous si on ne foutait pas le bordel quand le candidat serait là, raconte Pascal - Crépin, ex-délégué CFDT. On ne peut pas condamner un mec au hasard. On était 200 devant la préfecture, il n?y a pas de raison de poursuivre David plus qu?un autre. » Sylvie Léger, Yannick Langrenez et Charles Rey confirment à leur tour : le jour de la visite de Sarkozy, le commissaire en chef, chargé de la sécurité, leur a répété qun?y aurait pas de suites judiciaires contre les Thomé-Génot. « Une chose est sûre, si c?est Sarko qui passe, il n?y aura pas de cadeau pour nous et pour les autres ouvriers, résume encore Pascal. On va nous crever. Thomé-Génot, c?est un excellent exemple ! »
T. L.
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