Mardi 1 avril 2008

Bogny-sur-Meuse 

Les « Lenoir-et-Mernier » s'invitent sur le Critérium


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Les ex-salariés de Lenoir-et-Mernier ont bloqué hier pendant une quarantaine de minutes la deuxième étape du Critérium cycliste international. Ce qui leur a permis d’expliquer aux médias présents leur colère et leurs revendications.

 

« On ne pouvait louper une telle occasion. Un Critérium international et une foule de caméras, c'était une opportunité à saisir pour évoquer une nouvelle fois notre situation et notre désespoir… »
Claude Choquet, le porte parole des ex-salariés de Lenoir-et-Mernier, n'était pas mécontent hier après-midi. Comme il le pressentait, le coup d'éclat a porté ses fruits.

En bloquant, pendant une quarantaine de minutes, la seconde étape du critérium cycliste, hier matin, la soixantaine de métallos a pu ainsi expliquer aux médias leur amertume.
« Nous n'avons toujours pas digéré l'échec de la dernière table ronde, où nos propositions n'ont même pas été étudiées. Et où un consensus du refus a réuni pouvoirs publics, patronat et élus de gauche et de droite… »

Encore que Claude Choquet ne met pas tout le monde dans le même panier. « Nous avons bloqué la course à Bogny, dont le maire et conseiller général, pourtant PS, s'est rangé aux arguments du gouvernement et de l'UIMM… On pensait, dans un premier temps, s'inviter dans la course à Charleville même, mais il faut bien le dire, Claudine Ledoux s'est démarquée de ses collègues. Elle est venue la semaine dernière nous dire son soutien et qu'elle estimait légitime la revendication d'une prime supra-légale. Certes, sans aller jusqu'à dire que les collectivités pouvaient la financer. Mais c'est une nuance de taille par rapport aux autres élus. Elle, au moins, souhaite que le dialogue reprenne. »

Claude Choquet a enfin indiqué, hier soir, qu'à la suite de cette manifestation dominicale, il avait pu avoir le secrétaire général de la préfecture au téléphone.
« C'est drôle d'ailleurs, parce qu'en temps normal, il est impossible d'avoir quelqu'un au bout du fil. Toujours est-il que si pour la prime, c'est toujours niet, il a donné son accord pour une nouvelle réunion à la direction du travail, cette semaine, pour améliorer encore le Contrat de transition professionnelle sur certains points. »

Au fond, et ce n'est pas illogique, les ex-salariés de Lenoir-et-Mernier ne comprennent toujours pas qu'on leur refuse ce que l'on a accordé à d'autres, il y a un peu plus d'un an, dans des circonstances rigoureusement identiques.

Encore que dans le cas Thomé-Génot, l'affaire Gautier-Sauvagnac n'ayant pas encore été mise au jour, personne n'en avait appelé à l'UIMM avec le sentiment et le vague soulagement de refiler au patronat de la métallurgie une drôle de patate chaude.

Philippe Mellet

par rey charles
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Vendredi 28 mars 2008



27/03/2008
N°1854 Le Point



Le rêve déçu des ouvriers


 

Charleville-Mézières, une ville « supérieurement idiote entre les petites villes de province ». Arthur Rimbaud, l’enfant des bords de Meuse, écrivait ça. Oublieux et ingrat. C’était il y a un peu plus d’un siècle...

De « Charleville », et plus largement des Ardennes, on pourrait dire aujourd’hui que c’est d’abord un immense hurlement qui vous prend les tripes. Les stigmates d’une « France qui souffre », comme l’a remarquablement dit, ici même, Nicolas Sarkozy lors d’un discours-copyright : Henri Guaino-prononcé durant la campagne présidentielle. De quoi souffre-t-elle ? Des délocalisations, du chômage, de la désindustrialisation, pardi ! Et, bien sûr, pour ceux qui y travaillent, de la stagnation du pouvoir d’achat. Malédictions. 13,5 % ! c’est le taux de chômage dans le département. Ça fait mal, mais on serre les dents, on ne casse rien, on reste digne. Digne devant ses enfants.

La politique est alors ce qui reste quand on n’a plus rien. L’espoir pour beaucoup d’Ardennais a longtemps tenu en un mot. En un nom : Sarkozy. Jeanne-Marie, retraitée de l’usine Thomé-Génot, les yeux durs derrière de petites lunettes rondes : « Le président ? Oh ! on y croyait, mais aujourd’hui il se desserre tranquillement la ceinture pour se libérer la bedaine. » Déçue. Nous y sommes. Car ici, la ceinture, on se la serre jusqu’à se briser les os du bassin, et c’est un peu, pense-t-on, à cause de Sarkozy. Quand on n’a rien, le temps de la réforme tient lieu d’éternité. A ce titre, les instituts de sondages ont confirmé que l’électorat ouvrier s’était détourné du vote UMP-Majorité présidentielle durant les municipales, au profit de la gauche. De même que, dans les baromètres de popularité, le président s’est en partie coupé de cette catégorie de la population (41,6 % d’opinions défavorables en décembre ; 61,3 % en mars, selon Ipsos).

Décembre 2006. Le candidat Sarkozy avait personnellement choisi cette région sinistrée, qu’il sillonna maintes fois en tant que ministre de l’Intérieur, pour présenter les grandes lignes de sa politique de lutte contre la désindustrialisation et les délocalisations. Son discours fut beau, lyrique, poignant et fit s’épanouir mille fleurs. Communiste ou frontiste, partisan ou non du traité européen, on s’y retrouvait. Proudhonien dans ses accents et dans son essence : « La religion du libre-échange absolu est un renoncement. [...] Vous connaissez ces prédateurs qui s’emparent d’une entreprise, la vident de tous ses actifs et rentrent chez eux fortune faite. [...] Je n’ai aucun état d’âme à ce que les pouvoirs publics assument les conséquences de tels désastres sociaux. » Mieux que Chirac et sa fracture sociale ! Plus ouvriériste qu’Arlette ! Celui qui parle est de droite, de cette droite décomplexée, et plus de 20 % de l’électorat ouvrier a voté pour lui au premier tour de la présidentielle. Nicolas Sarkozy les a compris.

Sa démarche n’est pas qu’électorale. Cette noblesse qui se dégage de ceux qui peinent au travail, de ceux qui se lèvent tôt pour nourrir leur famille l’émeut sincèrement. L’autre jour, à Arras, près de l’ancien site de Metaleurop, autre désastre industriel, il s’est retrouvé à déjeuner entouré d’ouvriers avec lesquels il a parlé de la dureté de la vie, de la leur, et du RC Lens, en bon camarade (au sens « rouge » du terme). « Le président ne s’est jamais vécu comme un bourgeois. Il aime la vérité qui émane des ouvriers, il aime l’atmosphère des usines, leur beauté, leur esthétique et le lien de ces hommes aux machines. Il y a une virilité et une authenticité dans leur regard qu’il ne trouve pas ailleurs », confie Catherine Pégard, conseillère du président. Seulement, ce fameux discours à la « France qui souffre », dans la vallée des Ardennes, on ne l’a pas oublié...

Après son intervention, Nicolas Sarkozy a visité les Ateliers des Janves, un fabricant de pièces pour l’industrie automobile qui emploie 250 personnes. Une usine comme les autres : du bruit, de la graisse, des machines qui crachent du feu et des hommes au physique brisé. L’un des ouvriers, les yeux rivés sur son fer à souder : « Sarkozy nous a dit qu’il serait toujours à nos côtés. Au final, on travaille plus pour dépenser plus... » Vous le quittez, il vous hèle : « J’ai voté pour lui ! » Un autre, plus indulgent : « Il faut lui laisser du temps. On n’améliore pas la vie des gens du jour au lendemain. Ce n’est pas simple pour tout le monde et y compris pour lui. »

L’entreprise est prospère, les ouvriers justement payés, mais on déplore cette maudite « inflation ». Le mot est dans toutes les bouches, y compris dans celle de Patrick Sergeant, le président du directoire des Ateliers des Janves : « Il y a un vrai souci de pouvoir d’achat. Les employés font face à des dépenses contraintes comme le carburant, le loyer, le portable... Ce n’est pas un problème de salaire, mais d’inflation. Chez nous, la masse salariale augmente de 5 % par an. Que Nicolas Sarkozy gère donc l’Etat, qu’il fasse son boulot, et moi, je m’occupe de mon entreprise. » C’est dit.

A quelques kilomètres de là, Bogny-sur-Meuse. Un ciel grincheux, des rues désertes, un Christ sur son calvaire, des maisons mitoyennes couleur safran et quelques chiens errants. Une bourgade perdue dans la vallée. Les abords de la route qui y mène ont des allures de cimetière avec des usines abandonnées semblables à d’immenses cercueils. Pour qui aime les symboles, sur l’une d’elles est placardée une affiche électorale, abîmée par le temps-ou par l’acrimonie des habitants ?-, à l’effigie de Nicolas Sarkozy... Le revenu moyen mensuel est de 1 000 euros. Les affres de la désindustrialisation, on connaît. Les 130 employés de l’entreprise Lenoir & Mernier, spécialisée dans la boulonnerie, mise en liquidation judiciaire à la suite de la mauvaise gestion d’un « patron voyou » , occupent l’usine depuis plusieurs jours. Les carnets de commandes sont pleins mais, selon les ouvriers, le directeur s’est sauvé avec la trésorerie, après avoir revendu les matières premières. Une enquête du SRPJ est en cours. « Assez ! » disent-ils. Assez de discours, plus de tables rondes. Ils réclament une « prime supra-légale » de 50 000 euros par personne pour préjudice moral. Leur dit-on que la « France est en faillite » (dixit Fillon), que « les caisses sont vides » (dixit Sarkozy), le regard noir, ils répondent que « le président a su trouver de l’argent pour augmenter son salaire »... Que dire ? Tous veulent prendre la parole afin de manifester leur rage. Rage d’apprendre que Denis Gautier-Sauvagnac, l’ancien président de l’UIMM, s’est vu proposer 1,5 million d’euros d’indemnités de départ.

Haro sur le président. Là encore, que dire ? Le pouvoir politique n’est plus de taille à lutter contre le pouvoir économique, mais on leur a longtemps fait croire, à gauche comme à droite, que l’Etat pouvait tout et que ce n’était qu’une question de « volonté ». A la vérité, que peut le gouvernement sinon réclamer à ces patrons-prédateurs le remboursement des subventions accordées ?

Alors ? Alors, haro sur le chef de l’Etat. Alain Choquet, 48 ans, représentant des anciens salariés : « On nous dit "travaillez plus pour gagner plus", encore faut-il nous donner du travail ! » Bertrand, 47 ans et « 20 de galvanisation » : « Le président dénonce les mauvais patrons, alors pourquoi s’affiche-t-il avec eux ? » Laurent, 54 ans : « Avec Chirac, on serait sorti du conflit depuis longtemps. » Dada, 48 ans, un homme jovial, peut-être le seul à sourire sur le site : « Après Carla, il s’occupera de nous. Moi, à sa place, je ferais comme ça... » Carla, on se disait bien, aussi... Ils ont ouvert un blog et écrit au président de la République pour lui demander de s’emparer du dossier, sinon... Sinon, ils menacent de déverser de l’acide dans la Meuse. C’est pour eux l’ultime recours, quitte à passer pour des voyous à leur tour et à se couper du soutien populaire.

« Nous n’avons pas de politique industrielle dans notre pays, aucune politique d’anticipation. Et, à l’Assemblée, les textes ne vont pas dans ce sens. On a le sentiment d’avoir été trompé » , déplore le maire PS de Charleville-Mézières, Claudine Ledoux, qui aimerait défaire sa ville de cette image misérabiliste. C’est vrai qu’elle est la capitale mondiale de la marionnette et la ville de Rimbaud, et qui le sait ? Dans une lettre à son professeur de rhétorique, datée de 1867, le poète écrivait, comme en prémices : « Paris se moque de nous joliment. »

par rey charles
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Vendredi 28 mars 2008


Bogny-sur-Meuse
 

Lenoir-et-Mernier : « L'enquête judiciaire avance »


 


« Nous voulons l'assurance que l'enquête judiciaire ira jusqu'au bout et le procureur général Éric Enquebecq nous l'a donnée. »
Claude Choquet, le représentant CFDT des Lenoir-et- Mernier, est sorti de la préfecture hier après-midi avec le sentiment d'avoir été écouté. « Ça nous change ! Rien que pour cela, c'était un rendez-vous positif », indique-t-il.

Hier, les Lenoir-et-Mernier avaient menacé de s'inviter à l'ouverture du procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier pour obtenir des garanties de la part de la justice concernant l'enquête sur d'éventuels détournements de fonds, malversations, escroqueries ou abus de bien sociaux commis dans leur entreprise.

Le procureur général Éric Enquebecq a préféré la voie diplomatique. Il a accepté de recevoir les représentants des salariés et les organisations syndicales de l'ancienne entreprise de Bogny-sur-Meuse en milieu d'après-midi.
La préfecture des Ardennes a proposé ses locaux pour accueillir la délégation. Et après une demi-heure de rencontre, les représentants sont ressortis avec le sourire.

« Le procureur général nous a assuré que l'enquête suivait activement son cours »
, rapporte l'avocat Xavier Médeau à la quinzaine de salariés qui attendent devant la préfecture sous une pluie battante.
« Il nous a garanti qu'à ses yeux, ces investigations étaient prioritaires et que si elles démontraient une quelconque responsabilité pénale des dirigeants, le parquet saurait se montrer très ferme. »

Hier, les auditions se poursuivaient encore au SRPJ de Reims.
Une ancienne salariée était interrogée au moment même du rendez-vous avec le procureur général. Les licenciés le voyaient plutôt comme un bon signe.

« Le ressenti est clairement positif »
, relate l'un d'eux. « On sent une volonté réelle d'aller jusqu'au bout du processus judiciaire, avec des moyens mis à disposition et une écoute des salariés. Pour une fois, on a l'impression d'être pris au sérieux. » De source proche de l'enquête, le SRPJ commencerait à avoir des éléments très intéressants. Invoquant le secret de l'enquête, le procureur général n'a fait aucune déclaration à ce sujet.

 

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par rey charles
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Vendredi 28 mars 2008

Bogny-sur-Meuse 

Lenoir-et-Mernier : le feu de la colère


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Écœurement et colère chez les Lenoir-et-Mernier. Mardi, la réunion en préfecture n'a rien donné : vers 22 heures, un groupe incontrôlé a mis le feu à la maison mère. Un quart de l'usine a brûlé. Les syndicats jettent l'éponge.
PHOTO : Dans un coup de sang, des salariés s'en sont pris au site de Levrézy. Les vitres des bureaux ont été explosées.

Écœurement et colère chez les Lenoir-et-Mernier. Mardi, la réunion en préfecture n'a rien donné : vers 22 heures, un groupe incontrôlé a mis le feu à la maison mère. Un quart de l'usine a brûlé. Les syndicats jettent l'éponge.

«LES coupables, ce sont les pouvoirs publics et les politiques. Ils n'ont pas voulu d'un médiateur, ils refusent nos propositions. Qu'ils assument ! Si ça dérape, ce sera aussi de leur responsabilité ! ».
Les Lenoir-et-Mernier sont au bord de la rupture. Depuis l'échec de la dernière réunion en préfecture (notre édition d'hier), le syndicaliste Claude Choquet ne contrôle plus le mouvement. Mardi soir, les salariés licenciés ont vivement réagi aux mauvaises nouvelles rapportées par leur représentant.
A une centaine, ils avaient attendu trois heures dans le froid devant les grilles de l'État et au bout du compte, rien. Le fiasco de la réunion n'est pas passé.
Écœurement, colère, les licenciés vitupèrent. Vers 22 heures, c'est le débordement. Un groupe d'incontrôlés met le feu à la maison mère des Lenoir-et-Mernier, près de la Meuse.
Une poignée d'hommes entre dans l'usine par un grillage à l'arrière. La toiture s'embrase, l'atelier de contrôle est dévasté, le magasin de stockage des pièces est touché. Les pompiers réussissent à sauver le reste de l'outil de travail, repris par une nouvelle entreprise avec une dizaine de salariés. Mais la colère des Lenoir-et-Mernier reste larvée.

Coups de sang

Hier, des débordements ont émaillé la journée. Les coups de sang touchent le site de Levrézy où sont stockées les cuves d'acide. Des bacs pleins de boulons sont renversés, les vitres des bureaux explosées, les armoires jetées au sol.
Des licenciés passent leur nerf sur l'usine.
« Ce n'est plus une unité de production, c'est un cadavre ! », scande un ouvrier. « On ne nous respecte pas. Eh bien ! Nous non plus, on ne respecte plus les lieux », enchaîne un autre. Un tas de dossiers jonche le sol. Il s'embrase.
« Il faut les comprendre. Sept semaines d'actions quotidiennes dans la rue pour ne rien obtenir, c'est trop dur à avaler », commente le représentant des salariés qui se désengage totalement des suites du mouvement. « C'est une déception terrible. Je n'approuve pas le choix de mettre le feu à la maison mère mais c'est le résultat de l'attitude développée par les pouvoirs publics et les politiques de gauche comme de droite qui sont tous allés contre les propositions des salariés ». « Jusqu'ici, on tenait le mouvement », précise-t-il. « On préservait l'outil de travail. Mais à partir de maintenant, nous syndicalistes, on ne s'estime plus responsable de ce qui peut se passer ». Et l'avenir dans tout ça ? « C'est un gros point d'interrogation », estime Claude Choquet. « Il n'y a plus de négociations, plus de rendez-vous. C'est cent salariés licenciés à la dérive ».
Christelle Lefebvre

 

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par rey charles
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Dimanche 23 mars 2008

Editorial par Jean-Paul Piérot

L’impromptu de Noyelles-Godault



« Je n’accepterai jamais que l’on dise : les usines, c’est fini, l’industrie, c’est fini, le plein-emploi, c’est fini, les Ardennes, c’est fini. » Juste courroux, volontarisme de bon aloi… Beaucoup y ont cru, dans les familles ouvrières précarisées, frappées par le chômage, dans des régions transformées en friches industrielles, désespérées par les déclarations d’impuissance de dirigeants politiques de droite et de gauche. Beaucoup ont pris confiance dans les engagements d’un homme qui se proclamait « le candidat du peuple », qui serait, si l’électeur l’y aide, « le président du pouvoir d’achat ». De cet homme qui n’hésitait pas à affirmer qu’il parlait « au nom de cette France qui souffre mais qui veut vivre debout sur sa terre et ne demande rien d’autre que la justice », car ainsi parlait Nicolas Sarkozy à Charleville le 18 décembre 2006. Il y tempêtait contre les restructurations, les délocalisations, la désindustrialisation, contre ces patrons voyous et autres pilleurs d’usines, dont la puissance prédatrice s’est illustrée, notamment, dans les Ardennes, chez Thomé-Génot.

Après quelques mois d’état de choc - plutôt que d’état de grâce -, l’opinion publique découvre l’envers des mots. Qu’ils aient succombé ou non au charme du verbe, rares étaient les Français qui imaginaient une hausse du pouvoir d’achat sans augmentation de salaire, ou que la lutte contre le chômage signifiait une législation sociale facilitant les licenciements… L’imposture se révèle. Près de 60 % des Français estiment mauvaise la politique économique du gouvernement. Le sentiment d’avoir été trompé est le principal ressort de la chute du président dans les basses eaux de l’impopularité.

Le chef de l’État tente de remonter la pente et multiplie depuis quelques jours les coups médiatiques, avec, sans doute, moins de bonheur que par le passé. Après le grand spectacle policier son et lumières de Villiers-le-Bel, après sa proposition de parrainage d’enfants victimes de la Shoah, qui lui a valu une réplique cinglante Simone Veil, Nicolas Sarkozy a repris, le temps d’une visite sur l’ex-site de Metaleurop, ses accents de candidat, pourfendant « le capitalisme sans foi ni loi ». Dans cette région du Nord-Pas-de-Calais, tout comme dans les Ardennes voisines, les salariés en connaissent un rayon sur les pratiques de voyous permises par le sacro-saint principe de l’actionnaire-roi. Et que dire de ce patron pillant le savoir-faire des métallos de Lenoir et Mernier et ruinant leur avenir après avoir été subventionné par le conseil général des Ardennes à direction UMP ? Comment qualifier, dans la Lorraine toute proche, la décision de Michelin de liquider des emplois à Toul après avoir engrangé une hausse de 35 % de ses profits ? Que dire aussi du droit accordé à Mittal de fermer l’aciérie de Gandrange après avoir versé aux actionnaires un tiers des 7 milliards de dollars de bénéfices pour 2007 ? Le même Nicolas Sarkozy, qui donne des coups de menton contre le grand capital le temps d’une prise de vues à Noyelles-Godault, a proposé que la collectivité nationale investisse à la place du géant de l’acier.

Il évoque le Fonds national pour la réindustrialisation, abondé par l’État… Toute la question est de savoir quelle contribution serait demandée aux actionnaires et si les restructurations doivent demeurer le fait du prince. « Au nom de quoi l’État français interviendrait-il pour empêcher que le numéro 1 de l’acier gère correctement ses actifs ? » Cette réplique de Francis Mer, ancien patron d’Usinoir-Sacilor, résume l’opinion qui prévaut dans et autour des sphères du pouvoir. Quant à une loi responsabilisant les groupes sur les agissements de leurs filiales, elle risque, si jamais elle voit le jour, d’être une coquille vide au moment où le pouvoir sarkozyste dépénalise le droit des affaires. L’impromptu de Noyelles-Godault risque fort de laisser autant de trace dans l’histoire que le discours de Charleville.

par rey charles
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Vendredi 21 mars 2008
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Bogny-sur-Meuse 

Lenoir-et-Mernier : une réunion aura lieu mardi


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Les salariés de Lenoir-et-Mernier
n'ont pas raté la séance de reprise du nouveau conseil général.
Angel Garcia

 


Actions tous azimuts, hier, pour les salariés de Lenoir-et-Mernier. Après avoir dressé un barrage filtrant de 6 h 30 à 8 h 30 à… Chooz avec des employés de Tréfimétaux, Magotteaux et Ardam (lire ci-dessous), ils ont repris la direction en sens inverse pour suivre, à Charleville-Mézières, dans l'espace réservé au public la session de rentrée du conseil général.

N'hésitant pas à plusieurs reprises à faire savoir que, depuis six semaines, ils étaient les « oubliés des pouvoirs publics », ils menacèrent de ne pas quitter les lieux avant d'avoir pu discuter avec BenoÎt Huré.
Lors d'une suspension de séance, en début d'après-midi, une délégation était reçue par le président départemental qui promettait la tenue d'une réunion en préfecture, mardi prochain, à 18 heures.

Un rendez-vous auxquels prendront part la préfète et les présidents du conseil général et régional.

Les « Lenoir-et-Mernier » ont demandé à ce que les discussions, avec les plus hautes autorités, tiennent compte de leurs propositions pour accélérer le protocole de reclassement.
D'ores et déjà, le département s'est engagé à mettre en œuvre un ensemble de mesures exceptionnelles.
Avec une prime de réorientation professionnelle et de mobilité géographique, une aide à l'accompagnement social, une aide individuelle à la création d'entreprise, un financement des visites et déplacements nécessaires au reclassement externe et une aide au financement du permis de conduire.

En outre, le conseil général accompagnera tout projet de reprise partielle des activités de Lenoir-et-Mernier.
Fort de cet acquis, les représentants des salariés se dirigeaient dans les proches locaux de la préfecture pour une courte entrevue avec le directeur de cabinet du Garde des Sceaux, Rachida Dati.
Ils lui ont demandé de faire remonter les informations concernant leurs problèmes et d'agir sur l'accélération de l'enquête judiciaire menée sur leur ancien Pdg. A noter que d'autres salariés ont, comme vendredi, très fortement perturbé la circulation des trains sur la ligne Charleville-Givet en occupant la voie ferrée à hauteur de l'usine de galvanisation en début de matinée.

Dans un communiqué, la direction régionale de la SNCF déplorait « les conséquences de cette occupation illégale » et déclarait avoir « concentré ses efforts pour assurer sa mission de service public ».

Pascal Remy



***

Un collectif CFDT dans la Vallée

L'union départementale CFDT a annoncé, hier, dans un communiqué, la création d'« un collectif CFDT dans la vallée de la Meuse » qui réunit des sections syndicales de différentes entreprises « afin de peser sur l'UIMM, l'Etat, la Région, le Département qui n'ont pas voulu assumer leurs responsabilités » dans le récent dossier Lenoir-et-Mernier.

Sont déjà membres du collectif les sections CFDT d'Ardam à Revin, de KME à Givet ou de Magotteaux à Aubrives.
« Ce collectif aura pour but de réunir toutes les forces vives de la vallée de la Meuse (et principalement les bassins de Nouzonville, Bogny, Revin, Fumay et Givet) afin de lutter contre les fermetures d'entreprises et permettre la pérennisation et la création de nouveaux emplois industriels. La désindustrialisation et la délocalisation ne sont pas une fatalité » précise encore le syndicat.

par rey charles
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Mercredi 19 mars 2008

Bogny-sur-Meuse 

Lenoir-et-Mernier : la fin de non-recevoir du ministère


 

La ministre de l'Économie, des Finances et de l'Emploi a fait circuler hier après-midi un communiqué de presse qui semble marquer la « fin de la récréation » dans le dossier Lenoir-et-Mernier. 

Tout juste 48 heures après le deuxième tour des élections, Christine Lagarde indique en effet que « la priorité des pouvoirs publics est le retour à l'emploi des salariés licenciés ». Un retour qui passe par « les deux projets de reprise permettant de sauver une quarantaine d'emplois » et le contrat de transition professionnelle, « un dispositif qui n'existe que dans sept sites en France et qui a prouvé son efficacité »

Par contre, tout en prenant acte du fait que « les salariés réclament le versement d'une indemnité au titre du préjudice subi », la ministre précise qu'« il n'appartient ni à l'État, ni aux collectivités locales de verser une prime supra-légale à des salariés licenciés dans le cadre d'une liquidation judiciaire. Il ne sert donc à rien de nommer un médiateur pour négocier avec les pouvoirs publics l'octroi d'une telle prime ». Fermez le ban. 

Pourtant, hier matin, le fil du dialogue semblait avoir été renoué, avec la perspective de plusieurs réunions prévues cette semaine et une table ronde de conclusion à une date qui restait à définir. Les ex-salariés de Lenoir-et-Mernier avaient donc décidé de suspendre leur ultimatum. Rappelons que vendredi, suite à l'intervention du bourgmestre de Dinant, ils avaient déjà décidé de reporter à mardi midi leur menace de déverser de l'acide dans les canalisations, donc dans la Meuse. 

En coulisse, il se murmurait même qu'outre les mesures de formation et d'aide à la reconversion accompagnant le contrat de transition professionnelle, le principe d'une prime supra- légale n'était plus tabou. 

Certains pensaient que sur le modèle de ce qui avait été réalisé pour Thomé-Génot, le département et la région pourraient mettre la main au portefeuille (voire même l'UIMM), mais se porteraient également partie civile dans le volet judiciaire du dossier. 

« Nous restons cependant mobilisés et nous occupons toujours le site de Levrézy »
, précisait cependant hier matin le délégué CFDT Claude Choquet. « Si l'issue des discussions n'est pas conforme à nos espérances, on sera sur place pour remettre la pression. »
Ph. M. et J.-C. R.

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Mercredi 19 mars 2008
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Mardi 18 mars 2008


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par rey charles
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Lundi 17 mars 2008

Bogny-sur-Meuse 

Aider le retour à l'emploi des Lenoir-et-Mernier


 

Jean-Luc Blondel, secrétaire général de la préfecture, nommé coordinateur sur le dossier Lenoir-et-Mernier par la ministre Christine Lagarde, a organisé hier matin une réunion avec MM. Gonot (direction départementale du travail), Chef (CCI), Bobot (conseil régional), De Saint-Gilles (Medef), Vuibert (UIMM) et André (Afpa).
Objectif de cette réunion : favoriser le retour à l'emploi des 90 salariés restés sur le carreau.
Deux phases vont être mises en place. Primo, l'identification des Lenoir-et-Mernier pouvant être employables immédiatement. A savoir des caristes, soudeurs et outilleurs. Des postes où il existe une demande dans les entreprises ardennaises.
Secondo, cibler tous les projets de recrutement des chefs d'entreprises du département et, principalement, du bassin d'emploi de la Vallée de la Meuse.
Les organisations patronales et la chambre de commerce et d'industrie s'engagent à mettre en relation le personnel de Lenoir-et-Mernier, intégrés au contrat de transition professionnel _ ils sont actuellement quatre-vingt-douze _, avec des employeurs à la recherche d'emplois via la direction départementale du travail et de l'emploi. « Les salariés auront la possibilité de suivre une formation pour une adaptation au poste concerné » précise Jean-Luc Blondel.
Par ailleurs, le Département et la Région s'engagent à mettre en place un dispositif spécifique pour financer le passage du permis de conduire aux employés qui ne l'ont pas afin de leur faciliter leur recherche sur le terrain et la mobilité professionnelle.
Dans ce cadre, le conseil régional entend aussi se rapprocher de l'association sedanaise qui met des véhicules à disposition des salariés en formation et à la recherche d'emploi. Enfin, toutes les dispositions, plus classiques, d'aide au déplacement pour une formation seront mobilisées.
Concernant le CTP, il est rappelé que cette procédure expérimentale est un contrat d'accompagnement au retour à l'emploi sur douze mois.
Elle garantit aux salariés un salaire proche de celui qu'ils percevaient à Lenoir-et-Mernier.
Le but de ce dispositif étant d'aider les personnes à bâtir un projet professionnel en liaison avec l'AFPA et l'ANPE.
Les formations suivies devant permettre aux salariés de retrouver, dans l'idéal, un CDI, sinon un contrat à durée déterminée longue durée.
Pascal Remy

par rey charles
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