Ardennes Forge : itinéraire d’un salarié pas gâté…
Agrandir la photo
Tous anciens de Thomé-Génot, les salariés d’Ardennes Forge revivent bien malgré eux un scénario au goût amer de déjà vu. Hier, leur plainte a été officiellement déposée. Ils veulent que le groupe
Farinia prenne ses responsabilités.
Bis repetita. Tous ceux qu’Ardennes Forge risque de laisser sur le carreau sont tous des anciens de Thomé-Génot. Comme Remi Petitjean. Ils sont en colère, mais réclament justice.
IL en a gros sur le cœur, Remi Petitjean. Certes, hier matin, un franc soleil baigne Nouzonville. Tout le contraire de la brume grise qu’avait filmée Marcel Trillat quand il tourna ici même
«Silence dans la vallée» qui racontait la lutte des Thomé-Génot et la fin d’une forme de capitalisme familial.
On ne sait si l’ancien reporter de France 2 reviendra. Car à l’instar des séries TV américaines, une seconde saison a été mise en boîte.
Remi Petitjean est au générique. Il fut l’un des premiers acteurs. Sans cachet. «Fin décembre (2006), j’ai reçu un coup de fil. L’activité allait reprendre via une nouvelle société. J’ai
passé les fêtes avec quelques copains à nettoyer l’usine…»
Remi est de ceux que la mort de Thomé-Génot avait révoltés. Il s’était battu avec les autres métallos. Mais il croyait aussi que demeurait ici un potentiel. Alors il s’est remis au travail. Il
n’était pas dépaysé. Thomé-Génot, il y était rentré au milieu des années 80.
D’abord chez TGS, une filiale d’usinage à Charleville, puis à Nouzon même. En 2006, quand les Américains prennent le large, il est «responsable des expéditions» sur le site de la maison
mère, rue Jean-Baptiste-Clément la bien nommée.
Une vie de travail avec la famille comme réconfort et la vallée comme décor. Remi bosse à Nouzonville et habite à Sécheval. Il est de ceux qui n’imaginaient pas s’exiler. Sans savoir où,
d’ailleurs.
De retour à l’usine, Remi, comme ses collègues, découvre les joies cachées du CTP.
«Jusqu’au 2 janvier 2007, on a travaillé gratuitement. Puis pendant 15 jours j’ai été en EMT, évaluation dans le milieu de travail. Et enfin, pendant trois mois, en AFPE, action de formation
préalable à l’embauche. Je n’invente rien. Mes collègues et moi, on travaillait sur des machines et à des postes qu’on connaissait par cœur depuis 10 ou 20 ans, mais on était en formation…
J’étais payé par les Assedic mais notre employeur, lui, touchait 1.500 € pour nous former. Ubuesque. Enfin, j’ai signé un CDI. Avec un salaire en deçà des bases conventionnelles, mais le
complément était encore versé par les Assedic…» Mais à l’époque, s’il n’est pas dupe des failles du système, Remi croit toujours au projet Ardennes Forge. «Ce n’est que peu à peu que le
doute s’est installé. Quand on a vu débarquer des consultants d’Estamfor, quand on a vu que le «hors pôles»
Jusqu’à ce que la semaine dernière. Remi et ses collègues décident de débrayer. Ils n’en peuvent plus des promesses. Ils veulent reprendre leur destin en mains.
Sauver ce qui peut l’être.
«A la maison, c’est pareil. Mes enfants s’imaginent un an en arrière.»
Hier matin, devant l’usine, Remi est de ceux qui accueillent l’avocat Xavier Médeau. Rémi veut aller en justice. Rémi veut justice.
Philippe Mellet
***
La plainte déposée
Devant les portes de l'usine, l'avocat Xavier Médeau a lu hier matin le courrier destiné au procureur de la République dans lequel, en leur nom, il dépose plainte contre les sociétés Ardennes
Forge et Farinia (actionnaire à 80 % de la première) et le PDG Bruno Quéval pour « abus de biens sociaux, banqueroute et travail dissimulé ».
Pour l'avocat, via cette action pénale, il s'agit désormais de savoir comment les aides publiques (du conseil général et d'Oséo, fonds d'investissement public) ont été utilisées : « Nous
avons le sentiment qu'elles ont profité au groupe Farinia, et non à la société Ardennes Forge et à ses salariés » estiment les plaignants.
De même, ils pensent que des dispositifs du Contrat de transition professionnelle ont été détournés. Sauf qu'en l'occurrence, force est de constater que tout le monde le savait dès le départ :
les nouveaux salariés d'Ardennes Forge considérés comme stagiaires en formation sur des machines qu'ils maîtrisaient parfaitement, le comité de pilotage du CTP, qui réunit notamment pouvoirs
publics et syndicats, ne vient pas de le découvrir !
Hier, en tout cas, les salariés ont décidé de demeurer dans l'usine et d'attendre que le groupe Farinia se manifeste pour faire des propositions.
« L'engagement de départ, c'était 30 emplois sur le site pendant 5 ans… » rappellent-ils.
Plusieurs hypothèses demeurent, mais dans tous les cas, l'actionnaire principal détient les clés. Si des emplois sont préservés, même à Hautes-Rivières, il faudra déterminer lesquels et sur quels
critères. Et le cas échéant, pour les autres salariés, mettre en place un plan social…
(c’est-à-dire pour l‘essentiel des pièces de robinetterie) n’était pas développé comme on aurait pu, quand les premières machines sont parties… Alors, progressivement, on a compris qu’on
allait revivre un même scénario. Enfin presque. On était coincés dans le CTP, et on était désarmés.»
Commentaires