Les salariés d’Ardennes Forge veulent créer leur coopérative
Agrandir la photo
Les salariés d’Ardennes Forge, la société qui avait pris le relais de Thomé-Génot avant d’être liquidée par le tribunal de commerce la semaine dernière, ne désarment pas. Ils pensent notamment à
sauver ce qui peut l’être en créant une société coopérative. En attendant, les métallos surveillent les stocks d’une valeur de plusieurs centaines de milliers d’euros.
PHOTO : Les métallos - ici Remi Petitjean et Stéphane Chrétien - surveillent les stocks comme le lait sur le feu. C’est une de leurs dernières armes.
Encore sous le coup de la liquidation de la société en fin de semaine, les ex-salariés d’Ardennes Forge pensent déjà à l’avenir. L’idée d’une Scop (coopérative
ouvrière) fait son chemin.
ILS ont garé soigneusement les chariots élévateurs pour faire barrage au cas où. Derrière, sont stockées des caisses de pièces de robinetterie en inox. Prêtes à
partir. A l’autre bout de l’usine en forme de labyrinthe quasi désert, d’autres caisses. Des pôles d’alternateurs.
En attente d’expédition, là encore. Les bordereaux portent toujours l’appellation «Thomé-Génot». Mais il s’agit bien des derniers pôles fabriqués par Ardennes Forge, la société qui avait
pris le relais en janvier 2007 à Nouzonville et qui a été liquidée en fin de semaine dernière.
Ces stocks, les ex-salariés ont conscience de leur valeur. Dans tous les sens du terme. «Il y en a pour plusieurs centaines de milliers d’euros», selon Remi Petitjean, l’un des
délégués.
Le week-end a été court. Pour lui comme pour les autres. Les questions fusent. «Nous devons recevoir dès ce mardi un courrier du groupe Farinia nous proposant un reclassement. Mais on ne se
fait guère d’illusions», souffle Stéphane Chrétien, autre délégué.
Il se dit que le principal actionnaire d’Ardennes Forge ne proposerait que deux postes (administratifs) sur son entité des Hautes-Rivières. Les autres postes proposés seraient situés ailleurs en
France, notamment à Saint-Etienne. Pour la plupart des métallos, l’idée d’une telle mutation n’est pas envisageable.
En attendant, ils devraient tous réintégrer le CTP, ce fameux Contrat de transition professionnelle qu’ils avaient déjà signé à la mort de Thomé-Génot. Et dont l’un des dispositifs permit à leur
nouvel em-ployeur de bénéficier d’une main-d’œuvre peu onéreuse durant les premiers mois. Personne alors n’avait trouvé à redire.
«Retour à la case départ. Encore que ce n’est pas si simple. D’abord, nous souhaitons que l’indemnité soit basée sur ce que nous touchions vraiment et pas sur le seul salaire Ardennes Forge qui
était équivalent au minimum légal. Ce sont les Assedic qui comblaient la différence. Ensuite, outre les 31 employés en CDI, nous devons discuter avec les pouvoirs publics pour que les 15 CDD
puissent aussi retrouver le CTP. Ils avaient signé deux fois pour six mois et on leur avait promis une embauche définitive», explique Remi Petitjean.
Les ouvriers qui ont stoppé le travail début juin quand s’envolèrent leurs illusions sur la pérennité de l’entreprise ne baissent pas les bras. «Vous en connaissez beaucoup des licenciés qui
restent quand même dans l’usine pour éviter qu’elle soit pillée? Sans nous, ce serait déjà l’opération portes ouvertes…», ajoute Stéphane Chrétien qui craint tout à la fois un coup de force
pour faire rentrer de la trésorerie et les spécialistes du dépeçage, au prix où se négocie désormais n’importe quel métal…
Or, leur outil de travail comme leurs stocks, combinés évidemment avec leur savoir-faire, les salariés veulent y voir leur dernier atout. L’idée d’une Scop, société coopérative, fait ainsi son
chemin. Des contacts ont été noués avec la communauté d’agglomération qui dépêchera vendredi un expert pour estimer la faisabilité du projet. «Quant aux machines, je ne vois pas pourquoi le
conseil général qui avait fait un effort pour Farinia ne ferait pas le même pour nous», plaide Remi Petitjean. «Mais il ne faut pas perdre de temps, et conserver les liens avec nos
clients. Le défi est difficile, mais il mérite d’être tenté.»
Pas loin de là, c’est la solution qui a été retenue pour Jayot, autre ancienne unité Thomé-Génot. A Nouzonville, une course contre la montre a débuté pour suivre le même chemin.
Entre le capitalisme à la papa dont Marcel Trillat était venu filmer l’agonie et l’industrie taillée à la serpe de la mondialisation, dans un environnement où les coopératives ne sont pas
toujours pas vues d’un bon œil - loin s’en faut -, le pari est osé.
Mais les métallos ont décidément un moral d’acier…
Philippe Mellet
par rey charles
0
recommander
Nouzonville / Social
Ardennes Forge :
Philippe Vuilque indigné
Le député Philippe Vuilque se dit « indigné par l'attitude de la direction d'Ardennes Forge ». Le tribunal de commerce a prononcé la liquidation de
l'entreprise nouzonnaise jeudi (notre édition du vendredi 20 juin).
L'élu parle de la « désagréable sensation d'un scénario écrit d'avance ». Il rappelle qu'il avait demandé aux pouvoirs publics de « tout mettre en œuvre pour que les cinquante
salariés ne fassent pas les frais de l'attitude de leur direction ».
« C'est un nouveau gâchis auquel on assiste, gâchis social, gâchis économique, gâchis financier, l'entreprise ayant bénéficié largement d'aides publiques directes ou indirectes », pointe
Philippe Vuilque.
par rey charles
0
recommander
Liquidation judiciaire d'Ardennes Forge
On a appris hier en fin d'après-midi que le tribunal de commerce venait de prononcer la liquidation judiciaire d'Ardennes Forge, entreprise nouzonnaise d'une
cinquantaine de salariés dont le personnel avait cessé le travail le 3 juin.
Ardennes Forge, qui avait repris partiellement en janvier 2007 l'activité de fabrication de pôles d'alternateurs pour l'industrie automobile dans les anciens locaux de Thomé-Génot, a perdu
récemment deux marchés importants : perte prévisible pour Ford mais inattendue quant à Valéo. Et les salariés demandaient des garanties quant à leur avenir. Seuls dix d'entre eux pouvaient être
transférés vers Estamfor (Les Hautes-Rivières), unité appartenant au groupe Farinia, également propriétaire de 80 % d'Ardennes Forge. Mais, on sait que ces derniers jours il n'y avait plus de
dialogue possible entre le personnel nouzonnais et le Pdg Bruno Quéval (notre édition du 17 juin).
Hier soir, Bruno Quéval réfutait toute mise en cause de l'intégrité d'Ardennes Forge et de ses partenaires. « Nous avons été littéralement traînés dans la boue, présentés comme des patrons
voyous et menteurs, qui n'auraient eu pour seule stratégie que de dépouiller le site de ses actifs afin de récupérer le carnet de commandes, en détournant au passage des aides publiques. Ces
accusations ont porté gravement atteinte à notre honneur mais la justice démontrera que nous avons respecté nos engagements ».
Selon Bruno Quéval, Ardennes Forge n'a pas bénéficié d'une subvention d'un million et demi d'euros mais de prêts garantis par le conseil général, lequel avait également racheté les machines de
Thomé-Génot qu'Ardennes Forge louait 100.000 euros par an.
Concernant les salaires, le Pdg assure que la société a pris totalement le relais du CTP (contrat de transition professionnelle) à partir d'octobre 2007.
Enfin, Bruno Quéval maintient que la situation financière de l'entreprise s'est définitivement dégradée à partir du 4 juin lorsque les salariés ont entamé une grève « illicite » à ses
yeux.
Premier élu à réagir, le conseiller général du canton de Nouzonville Pierre Cordier se dit « écœuré et déçu… Écœuré par rapport à l'avenir des salariés qui ont cru à la renaissance de cette
entreprise il y a quinze mois. Et déçu parce qu'Ardennes Forge a bénéficié d'aides directes ou indirectes de la part de nombreux partenaires […] Le conseil général sera vigilant quant à la
rétrocession du prêt octroyé »
Pierre Cordier regrette que « les engagements pris n'aient tenu que peu de temps » et demande que l'entreprise règle ses dettes.
P.F.
par rey charles
1
recommander
Ardennes Forge : Déjà deux semaines…
Cela fait deux semaines ce mardi que les salariés d'Ardennes Forge à Nouzonville ont cessé le travail pour manifester leur désarroi quant à l'avenir de la société,
créée en janvier 2007 sur les cendres de Thomé-Génot.
L'entreprise a perdu ses deux principaux clients en matière de « pôles d'alternateurs », Ford et Valéo, et la seule activité « hors pôles », de la robinetterie pour l'essentiel,
ne suffit pas à maintenir l'activité de manière pérenne.
Il demeure que le dialogue ne parvient pas à se nouer entre le PDG et les salariés (une cinquantaine, dont 34 CDI). Une réunion prévue hier matin à la Direction du travail a été annulée par le
chef d'entreprise.
Dans l'après-midi, une rencontre impromptue a tourné court dans les locaux mêmes de l'usine.
Le PDG réclame toujours que salariés se déclarent volontaires pour être « transférés » aux Hautes-Rivières, sur un autre site du groupe Farinia, qui détient 80 % des parts d'Ardennes
Forge.
Les salariés, eux, demandent au préalable des précisions sur la nature des emplois transférés et des informations sur le plan social proposé aux salariés « laissés sur le carreau ».
La semaine passée, une plainte pénale avait été déposée par les salariés à l'adresse de Farinia, d'Ardennes Forge et du PDG Bruno Quéval, notamment pour déterminer « ce qu'il était advenu des
aides dont avait bénéficié la société à son démarrage », sous la forme de garanties d'emprunt et de location-vente des machines au conseil général qui s'en était porté acquéreur.
Alors qu'il restait encore quelques commandes à honorer jusqu'en juillet, l'arrêt de l'activité pourrait précipiter une cessation d'activité, alors que les employés, tous d'anciens Thomé-Génot,
se disent eux aussi « fatigués et pressés » d'en savoir plus sur leur avenir après avoir cru, dans les premiers mois, que cette aventure pouvait être pérenne.
A noter enfin que le député (PS) Philippe Vuilque a indiqué hier avoir alerté le secrétaire d'Etat à l'emploi Laurent Wauqier « pour lui demander de tout mettre en œuvre pour préserver les
droits des salariés d'Ardennes Forge ».
Dans ce même communiqué, le député fustige « la démarche indécente de Boris Ravignon (NDLR : qui avait demandé jeudi la nomination d'un médiateur) qui n'est pas sans responsabilité dans le
montage abracadabrantesque mis en place à l'époque ».
Ph.M.
***
« Grève illicite » selon le PDG
Dans un communiqué, le directeur d'Ardennes Forges Bruno Quéval a indiqué hier que la société faisait l'objet d'« une campagne de désinformation et de calomnies sans précédent dont nous
comprenons mal les motivations ».
Il suggère que face à « la gravité des atteintes portées, la justice que nous ne manquerons pas de saisir rétablira la vérité et démontrera que nous avons toujours respecté nos engagements.
Nous disposons de tous les éléments pour établir notre bonne foi. »
Et d'insister : « Cette campagne ne porte pas seulement atteinte à notre honneur, elle entrave aussi gravement les possibilités de redéveloppement du site. » Il rappelle qu'Ardennes
Forge a perdu deux clients importants et que l'augmentation spectaculaire du prix de l'acier (+40 %) a fait perdre de sa compétitivité à l'entreprise.
Il estime que l'annonce de ces difficultés aux salariés a provoqué « une grève - illicite au demeurant - et le refus de tout dialogue. Des clients n'ont pas été livrés et la situation s'est
gravement dégradée. Cette impasse est particulièrement dangereuse. »
On notera cependant que d'après les salariés, une réunion de médiation proposée par la Direction du travail hier a été refusée par M. Quéval.
par rey charles
2
recommander
Une réunion de l'association aura lieu le samedi 28 juin 2008 à 9h30
à la salle de la mairie de Nouzonville au 1er étage
par rey charles
0
recommander
Commentaires